Le projet Hôdo

Le projet Hôdo est un projet de « politique scientifique »,

Voici le programme politique de Hôdo.


Table des matières

  1. Présenter Hôdo aux élections ?
    1. Le « Lapin Blanc »
    2. Les ministères à rendre au peuple
  2. Les trois ministères hôdons
    1. Le ministère de l’Intelligence
    2. Le ministère du Droit à l’abri
      1. Les ressources et les besoins
      2. Du refuge au lieu de vie
      3. Le changement de logement
      4. Le commerce du logement
      5. Les supports à l’intelligence et la vie
      6. Les mots magiques : mixité sociale
      7. Conclusion
    3. Le ministère de la Synergie
      1. La source des conflits
      2. La notion de contrat
      3. L’autogestion
      4. Le Dominant
      5. Contourner la Domination néfaste
      6. Le devoir de réciprocité
      7. L’urgence de la réponse.
      8. Réparations
      9. Châtiment
    4. La relation avec les autres États
      1. Le ministère de l’Intelligence
      2. Le ministère du Droit à l’abri et à l’évitement
      3. Le ministère de la Synergie
    5. Une nouvelle monnaie
    6. La démocratie hôdonne
      1. Des lois pour que faire ?
      2. Présidence et autres institutions de l’État

Le projet Hôdo

Avant-propos

Lorsque j’ai écrit « Hôdo, la légende », c’était une œuvre de science-fiction « tube à essai » comme je me plaisais à la définir.

En effet, je voulais réaliser quelque chose qui ressemble à « mon oncle d’Amérique », mais au niveau social, donc politique. Henri Laborit fut mon premier maître à penser dans ce domaine, mais d’autres suivirent comme Robert Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois. Bien sûr, comme dans toute recherche scientifique, le savoir évolue et ce qui était considéré comme vérité à une époque ne l’est plus à une autre, mais l’esprit de tous ces humanistes et chercheurs qui n’ont pas voulu écrire de « Livre de Vérité absolue » reste comme une lanterne sur la route.

Le hasard de la vie m’a fait connaître de nombreuses aventures et remous sociaux dans lesquels je pouvais puiser mon apprentissage du monde. Et j’avais vu trop de souffrances inutiles qui se répètent inlassablement, toujours sous d’autres formes, mais toujours avec le même esprit.

Je ne voulais pas philosopher ni m’arroger un quelconque titre de « sage » que certains n’hésitent pas à brandir comme bannières de guerres éternellement dites justes. Je désirais confronter mes ressentis à la réalité et partager mes réflexions comme un scientifique avançant ses hypothèses, espérant qu’elles décrivent le plus fidèlement les lois de l’Univers. Car si on me demande quelle est ma philosophie, je répondrai, « je suis physicien ». C’était mon métier, mais aujourd’hui c’est mon « art de vivre et de penser ». Et contrairement à celle de nombreux philosophes qui font de leur arrogance une devanture commerciale, l’attitude du chercheur est censée être toujours empreinte d’humilité. En effet, une seule expérience peut leur montrer qu’ils se sont trompés, ce qui est très éloigné de l’attitude des Dominants qui s’accrochent même à leurs erreurs les plus flagrantes tant ils veulent se cramponner à leur pouvoir.

J’imaginais donc un monde où la gestion du quotidien et du relationnel ne serait pas aux mains de Dominants idéologues ou puissants par leur force physique, leur richesse matérielle, même virtualisée, ou la possession des moyens d’informations.

Aujourd’hui, je crois qu’il est temps de sortir du tube à essai, et toute la question est de savoir comment rester « incorruptible », comment démasquer les dominations sans tomber dans le piège du remplacement des têtes, des Dominants.

Il est temps de mettre au grand jour un concept qui, je l’espère, sera à mains multiples et sans frontières, ni physiques ni « morales », comme dans la recherche.

Mais comment le faire, sans risquer d’être étouffé par les opposants qui voudront garder leur main mise sur leurs peuples ? Comment faire pour ne pas engendrer des chaos propices à la naissance des dictatures ? Comment faire pour que Hôdo ne soit pas une planète éloignée, hypothétique et utopique, à l’abri des folies de la Terre, mais bien sur Terre avec la richesse de tous les libres penseurs ? Voilà le projet Hôdo. Non seulement créer de nouvelles structures sociales, favorisant une synergie gagnante/gagnante, plus respectueuse des humains, de toutes formes d’intelligence et de notre planète, mais aussi les rendre réalistes et applicables envers et malgré tous les Dominants.

Présenter Hôdo aux élections ?

Ce n’est pas évident, car Hôdo n’est pas un parti en soi et son concept est plus proche de l’anarchie que les autres partis en lice. Alors, pour pouvoir démonter cette démocratie tout en rentrant dans son jeu, faudrait-il élire notre « Lapin Blanc », le candidat « anarchiste » qui symbolise autant la sortie du miroir d’Alice que celui de la « Matrix » ?Tout d’abord, tous les mécanismes de la démocratie ne sont pas à mettre à la poubelle. La coexistence de courants de pensée antagonistes est indispensable pour progresser. Ce qui l’est moins c’est l’alternance périodique entre les prétendants au pouvoir qui finalement se comporte en « roi élu » monopolisant le plus possible les rouages de la société pour imposer leur Domination partisane.

Comment serait-ce réalisable techniquement parlant ?

Le « Lapin Blanc »

Tout d’abord, ce « Lapin Blanc » devrait représenter un couple d’administrateurs, car selon l’esprit de Hôdo, toute modération de groupe doit être menée par une femme et un homme, non nécessairement en couple. Ce binôme ne serait pas obligé de partager entre eux une même philosophie ni les mêmes convictions.

En plus, ce couple élu, le « Lapin Blanc », devrait s’engager non seulement à mettre en place un système hôdon, mais aussi à se retirer, une fois la mission accomplie ou le mandat démocratique achevés. Ce mandat serait unique même si la mission a échoué. Dans ce cas, un autre couple « Lapin Blanc » prendrait la relève.

Pour mettre en place le « Lapin Blanc », il faut sans doute d’autres moyens pour mettre le pied dans la porte de la démocratie que ceux utilisés par les partis actuels. Mais, grâce à la Toile, pour ce projet, point n’est besoin d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche, ni de faire la quête, ni de jouer en général avec l’argent, qui, lui non plus, n’a pas vraiment une odeur de Hôdo.

Un programme hôdon fera sûrement peur à beaucoup de monde. Il faudra donc bien expliquer comment se ferait cette « révolution », car la mission du « Lapin Blanc » consiste à rendre le pouvoir au peuple au moyen d’une approche dite ascendante.

Les ministères à rendre au peuple

Le « Lapin Blanc » mettrait en place toute une série de fonctionnalités qui permettraient une mise en place douce d’un système acratique jusqu’à l’autodestitution de cette présidence de transition. Il n’y a aucune raison de créer non seulement des tensions internes, mais aussi des conflits externes et de risquer de se retrouver comme une sorte de kyste que la communauté internationale sous la coupe des Dominants essayerait de faire disparaître coûte que coûte.

Par exemple, nous sommes pieds et poings liés au commerce international, et même si nous ne partageons pas la même notion de l’argent que les autres, nous ne pouvons nous permettre de vivre en autarcie. Par contre, rien ne nous interdirait à créer à l’intérieur une monnaie1 qui nous soit propre et qui ait un sens plus proche du concept hôdon.

Pour assurer toutes transitions vers un système Hôdo, il faudrait donc mettre en place une sorte de gouvernement, mais pas l’un de ceux qui existent en démocratie, dépendant d’un Premier ministre lui-même d’un président, fut-il le « Lapin Blanc ».

Ce dernier devrait mettre rapidement en place des fonctionnalités autonomes même si elles sont interdépendantes. Pour les besoins de synergie et d’écologie, il peut être utile d’avoir une sorte de « syndic audit modérateur », autonome lui aussi, afin d’améliorer la gestion et l’emploi des ressources. Celles-ci seraient basées sur une monnaie ayant l’énergie comme étalon qui ne connaît pas de valeurs négatives, et donc pas de dettes. Le concept d’une telle monnaie sera repris plus loin.

Le plus important, serait de faire descendre le pouvoir à la base. Les citoyens demanderaient à leur sphère environnementale leurs besoins, et non plus un dieu placé en haut de la pyramide-république. Ce serait les citoyens ou les professionnels qui s’associeraient entre eux créant collèges, syndicats, mutuelles, coopératives… pour profiter de la mise en commun des compétences pour résoudre les besoins spécifiques.

Ces communautés sont normalement dirigées par des « experts » dans leur domaine qui œuvreraient de manière consensuelle2 pour le bien de tous les membres. Ces représentants auront sans doute besoin de s’associer avec d’autres domaines de compétences et même de se confier à des maîtres d’œuvre afin que les interactions soient gagnantes/gagnantes pour chaque communauté sociale ou professionnelle concernée. On peut penser que leurs « chefs » n’auront pas moins de compétence qu’un ministre. Il n’y aurait donc plus de ministères sous la houlette d’un chef d’État, mais il y aurait des ministères indépendants. Par exemple, le ministre de la Recherche pourrait être le directeur du CNRS ou de toute entité fédérant les chercheurs scientifiques. Il dépendrait de l’appréciation de ses pairs et serait « élu » indépendamment des jeux électoraux tant au point de vue du calendrier qu’idéologiquement puisqu’il ne dépendrait d’aucun gouvernement ni d’aucune élection républicaine.

Et pour son budget, ce « ministre » aurait à présenter sa requête à d’autres experts ceux-là en communications, comptabilité, etc. À chacun, sa spécialité. Ce n’est ni les compétences ni les bonnes volontés qui manquent. On oublie qu’une grande partie du tissu social fonctionne avec des bénévoles, et parfois rien qu’eux. Et comme rien n’est énergétiquement gratuit, comme vivre ou fabriquer, le recours à une gestion économique et écologique s’imposera, d’où la notion de la monnaie hôdonne.

Les trois ministères hôdons

Les « ministères » du système démocratique qui resteraient dans le système hôdon, même s’ils n’étaient ni imposés ni figés, pourraient se réduire seulement à trois. Chacun aurait en charge l’une des trois lois de Hôdo, le respect de toute intelligence, le droit à l’abri et la synergie consensuelle, mais serait dépourvu de tout pouvoir et serait uniquement consultatif et fonctionnel.

Le ministère de l’Intelligence

Le devoir de respect de toute forme d’intelligence3 réunirait toutes les compétences du partage des connaissances de l’humanité, et donc de la recherche et de la pédagogie. Comme toute forme d’intelligence s’appuie sur la vie, l’un des pôles principaux serait incontestablement toutes les facettes de la santé, physique, mentale, sociale, ce qui inclurait toutes les formes de secourisme comme les pompiers…

Et comme la vie s’appuie sur celle d’une planète, le respect de la Nature en serait une conséquence.

Il faut insister sur TOUTE FORME D’INTELLIGENCE, car trop souvent par le passé, l’intelligence était tour à tour :

Quelle serait l’attitude hôdonne vis-à-vis des autres intelligences, non seulement celles qui nous agressent, mais aussi celles qui nous alimentent ?

Il faut insister sur le fait que le projet Hôdo ne doit être qu’une voie pour améliorer notre ''humanitude'' et qu’il n’a pas vocation à apporter des solutions toutes faites, et encore moins des lois en dehors de celles qui semblent être vraiment établies comme celles de la conservation de l’énergie.

Les êtres vivants, dès l’instant où ils ont besoin de se construire et de se maintenir avec des éléments plus élaborés que ceux offerts par la matière inerte, le font avec l’aide d’autres êtres vivants. Cela peut conduire à toute sorte d’échanges depuis le partage gagnant/gagnant jusqu’à la prédation pure et simple où l’un assimile l’autre en le détruisant.

L’esprit de la première loi de Hôdo est précisément de donner une orientation à ces comportements.

Dès l’instant où nous posons le pied sur le sol, combien de vies avons-nous détruites, sans même nous en rendre compte ? Nous vivons, et jusqu’à présent nous ne pouvons pas nous nourrir de non-vie. Cela arrivera peut-être un jour, mais en attendant, il faudrait déjà y arriver. Sans le charbon polluant, point de sidérurgie, et sans sidérurgie point de capteurs solaires.

Certains proposent d’être végétarien pour respecter l’animal, d’autres considèrent que c’est un risque, car il semble que notre organisme soit omnivore, donc incapable de se contenter que de végétaux, de ferments, de planctons végétaux… de plus, qui sait si un jour, nous ne nous poserons pas la question de savoir si une intelligence habite les plantes, voire toutes les cellules ?

L’attitude hôdonne serait donc d’au moins respecter la souffrance animale et donc d’éviter les tortures tant à l’élevage qu’à la mise à mort. Par exemple, il semble être acquis qu’il nous faut peu de viande, donc on pourrait se contenter d’en manger moins et ne pas avoir à recourir à l’élevage intensif en batterie. Quant à la mise à mort, tous ceux qui ont pu voir un animal proprement et humainement euthanasié peuvent presque rêver de finir leurs jours dans la même sérénité.

Et que dire de l’inverse, dans le cas où l’agressé, c’est nous, et l’agresseur, un virus, un moustique, un terroriste… ?

Le ministère du Droit à l’abri

Ce ministère est une extension du droit à l’évitement proposé par Henri Laborit et amplement expliqué dans « l’Éloge de la fuite » qu’il convient d’associer à la notion de cité développée dans « l’Homme et la ville ».

L’agresseur peut s’attaquer à deux choses : directement à l’individu ou indirectement à sa niche environnementale.

L’agression peut être physique en utilisant la force ou psychique sans violence notable ou toute combinaison incluant les intimidations et les manipulations.

C’est là qu’intervient la deuxième loi de Hôdo, pouvoir refuser le conflit, voire le combat, et avoir droit à un « abri » indispensable pour respecter toute forme d’intelligence, ainsi que son support.4


Les ressources et les besoins

Il est indispensable, avant de « promettre » la réalisation d’un projet, d’examiner les ressources en fonction de l’objectif.

Combien l’humanité peut-elle prendre sur la Nature sans la dénaturer et la mettre en péril ? C.-à-d. en conservant sa biodiversité et sa possibilité d’évoluer naturellement vers d’autres formes de vie.

Des études préalables semblent indiquer que l’espace minimum d’une chambre pour abriter quelqu’un devrait être de 9 m². En fait, le sens « abri » de Hôdo ne se résume pas à « dortoir ». Un abri devrait déjà permettre un certain stockage de bien personnel et d’un espace minimum de vie, même cloîtrée, donc l’espace minimum serait plus proche des 12 m².

Le besoin d’un « abri » ne se limite pas à une retraite, voire une réclusion, car un humain ne peut rester cloîtré dans une cellule de survie. L’humain est un être social qui peut trouver refuge et réconfort auprès des « proches », famille, clan, tribu, collège et autres associations. Pour cela, il a besoin d’échanges de plusieurs types donc de plusieurs zones d’espace de partage. Ces zones ne sont pas nécessairement ouvertes à tous et à tout instant, car elles peuvent être des lieux de rencontre pour différentes activités incompatibles entre elles, nécessitant intimité, concentration, etc.

Il faut noter au passage que selon les normes françaises un espace de travail est autour de 11 m² minimum. Il faut donc ajouter des espaces de communications à la structure de base pour assurer cohabitation, stockage, déplacements, équipements de toute sorte. Arbitrairement, on pourrait dire que tous ces espaces utiliseraient 100 m² par habitant. Ce qui n’est pas énorme. Cela ne représente même pas 2 % d’un terrain de foot, et, il faut garder en mémoire qu’à l’exception des 12 m² d’abri privé, tout le reste serait partageable, de plus en plus partageable au fur et à mesure que l’infrastructure toucherait de plus en plus de gens.

Comme on s’accorde souvent pour estimer qu’une bonne efficacité relationnelle est entre 7 et 12 individus, quel que soit le type de groupe d’activité, familiale, professionnelle, en atelier, en plateau ouvert (open space), etc. Cette superficie représenterait approximativement un terrain de foot dans lequel chaque groupe essaye, quand on lui en donne l’opportunité, d’organiser comme il l’entend son espace de vie, dédié autant au repos qu’aux activités, professionnelles ou non.

Si on utilise un algorithme approprié, on constate que ce modèle conduirait à attribuer environ 1ha pour 128 personnes.

L’espace vert semble indispensable pour le bien-être des humains aussi bien sur le plan physique que sur le plan mental, et donc relationnel. Approximativement, on peut estimer faute de mesures plus précises qu’un bon ratio de paysage vert serait au moins de 1/1, c’est-à-dire, pour chaque m² construit, 1 m² de « verdure ». Donc dans notre hypothèse, il faudrait 1ha pour 128 personnes. Par contre, il faudrait 10 fois plus de terre agricole pour nourrir cette communauté. Cela conduirait à une occupation de territoire 12ha.

L’espace occupé par toute la « termitière » française représenterait au total 7 000 000 ha, c’est-à-dire le dixième de la superficie de la France dans laquelle sont inclus les espaces non habitables.

En résumé, dans le modèle « français », à défaut de modèle planétaire, on aurait une répartition de l’espace suivante pour chaque habitant :

Pourquoi un tel calcul ? Pour deux raisons :

La première raison devrait répondre à la question fondamentale : quelle population peut vivre sur Terre sans dénaturer l’espace naturel ? Il ne semble pas possible de le dire en l’état actuel de nos connaissances.

Il ne s’agit pas de découper la Terre en damier, ce serait opposé à l’esprit Hôdo d’imposer des lois à tire-larigot pour imposer un comportement arbitraire donc dictatorial. L’objectif de la deuxième loi de Hôdo n’est pas de (re)distribuer les sols, mais de trouver la manière d’assurer le droit au refuge efficace, tout en ne cessant de respecter la Terre, car c’est par là qu’il faut commencer. Sans elle, pas d’abri pour l’humanité. On ne pense jamais assez aux conséquences sur l’environnement et sur la planète lorsqu’on veut aménager l’habitat des humains et comme tous les dépassements des limites écologiques, c’est souvent tard (trop ?) qu’on s’aperçoit des dégâts et de leur irréversibilité. La déforestation est plus facile et rapide que le reboisement.

Si chaque humain avait un « abri hôdon », et non un dortoir temporaire, même si ces abris étaient « empilés » dans des bâtisses tout en hauteur, il faudrait vraiment se souvenir qu’il y aura toujours une infrastructure, un espace de vie, et donc tout un espace associé, qui, lui, dépasse de loin les quelques m² qui abritent la personne. En effet, chaque humain mange, boit, s’habille, a des besoins physiologiques et psychologiques, de santé, de distraction, d’acquisition de connaissances, d’échange de savoir et de savoir-faire avec d’autres humains… Tout cela prend de la place. Or dans l’esprit Hôdo, l’environnement tant naturel que social doit être respecté. C’est la première loi, incontournable pour pouvoir respecter toute forme d’intelligence. On peut creuser des métros, superposer les bureaux, mais il est impossible de superposer des parcs, des champs ou des forêts.

La question est importante. En effet, s’il s’avérait que nous étions en train de surexploiter les ressources de notre planète, ne faudrait-il pas envisager de programmer une décroissance de la consommation, voire de freiner la démographie vers un statut de renouvellement neutre, c’est-à-dire un enfant par adulte ? Même si la question choque, il faut peut-être la poser tant que l’on peut y penser sans paniquer et se précipiter vers des solutions draconiennes, voire expéditives. Une chose reste sûre au niveau de Hôdo : il n’y aura jamais de lois ni pour favoriser les naissances ni pour les limiter, puisque le système se veut acratique.

Quant à responsabiliser l’entretien de l’espace alloué, il faudrait aussi au préalable bien définir ces trois termes : « responsabiliser », « entretien » et « alloué ».

Du refuge au lieu de vie

La terre n’appartient à personne ou la terre appartient à celui qui s’en est approprié par la force, l’occupation, le travail du sol, l’achat, l’héritage… ?

Pour Hôdo, personne n’a vraiment ni raison ni tort.

Dans la nature, les espèces vivantes n’ont aucune limitation pour leur indiquer si elles peuvent ou non s’étendre. Le virus n’a aucune permission pour coloniser notre organisme, le moustique choisit, à ses risques et périls, l’endroit de notre peau qui lui convient… d’ailleurs de manière éphémère, mais marquante.

Les animaux plus évolués ne se battent pas vraiment pour prendre possession de leur terrain de chasse. Lorsque la meute devient trop importante pour leur terrain de chasse, en général certains membres, bannis ou explorateurs, la quittent pour chercher d’autres horizons.

Il n’est pas impossible que le début de l’expansion de l’humanité se soit fait sans conflits de territoire tant qu’il y avait de l’espace. Du moins, jusqu’à ce que cet humain découvre que ses congénères faisaient partie du « gibier » du terrain de chasse, un gibier utile et domesticable. Du territoire libre, il en restait suffisamment, mais c’était souvent devenu plus rentable de conquérir les espaces déjà habités.

Ainsi, celui qui n’appartient pas à une meute dominante devient un instrument qui fonctionne d’autant mieux qu’on le domestique avec le bâton ou la carotte afin que son comportement soit rentable. Comme les humains à l’instar du bétail occupent de l’espace, conquérir cet espace c’est prendre à la fois les richesses du sol, sa flore, sa faune, et l’humain qui s’y trouve. Le territoire de ce dernier devient alors lui-même enjeu de domination et est soumis aux lois du seigneur. D’où finalement toutes les guerres d’hégémonie, qui en fait ne cachent toujours que des guerres de ressources pour les meutes dominantes, et parmi les richesses convoitées, l’humain vaincu.

Peu à peu, ce sont constituées les nations que nous connaissons, avec leurs alliances et les conflits, à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières.

Dans l’esprit Hôdo, le respect de la première loi conduit à la notion que personne ne détient à lui seul la Vérité, et que cette vérité correspond à une expérience personnelle. Cette absence de vérité absolue, qui tout compte fait est notre gage de liberté, et donc d’''humanitude'', a conduit vers des choix et des options qui a posteriori sont souvent contestés, mais on n’efface pas le passé à coup de gomme. Il est transmis comme tout ce qui est vivant et adaptable sous forme d’héritage, il façonne les traditions, la culture, les règles sociales comme l’eau qui sculpte le relief. L’Histoire fait partie de l’environnement dans lequel se développe une intelligence, qu’on le veuille ou pas. « Le respect de toute forme d’intelligence et son environnement… »

Pour ces raisons, le projet Hôdo ne s’amusera jamais à détricoter un quelconque héritage et ne fondera jamais le comportement social sur une quelconque vengeance, car derrière chaque revanche il n’y a qu’un seul et unique moteur : l’agressivité du postulant dominant qui veut dominer à la place de ceux qui le dominent.

Le futur se fait en bâtissant du nouveau sur l’ancien, car la création est la principale qualité de l’Humanité. Puisqu’il est impossible de faire disparaître la montagne, c’est l’intelligence enrichie par l’expérience, l’héritage et une éducation efficace qui aura à trouver comment passer les cols ou contourner les obstacles.

Le Projet Hôdo, ce n’est pas une révolution : c’est plus, c’est permettre l’usage harmonieux de l’intelligence.

Allouer des « abris » ?

« Allouer », ce mot contient la notion de don fait par un État. Comment trouver un système réaliste de « prêt », de « dons », de location ou autres pour offrir un abri hôdon à ceux qui n’ont rien aujourd’hui et pour prévoir la place qu’occuperont ceux du futur sans tomber dans un monopole étatique ?

Il ne s’agira pas de dépouiller Pierre pour habiller Paul, et de réécrire l’histoire et de changer de dominance. D’une part, les héritages ne sont pas éternels et de nombreux empires ont fondu dans les successions. D’autres parts, la redistribution par expérience n’apporte aucune véritable solution si ce n’est d’assouvir une soif de revanche, car souvent cela se transforme à vider le tonneau d’un seul pour distribuer des gouttes d’eau à tout le monde : la soif reste après que le tonneau est vidé.

De plus, le calcul antérieur a pour but de tenir compte au-delà de l’abri, de l’occupation des espaces techniques, sociaux, biologiques et écologiques. Ne pas en tenir compte risquerait d’être écologiquement et psychologiquement contre-productif, voire franchement nocif. On ne peut probablement pas recouvrir toute la Terre de constructions ni entasser les gens logés « en batterie ».

La question de logement concerne deux grands types de populations : ceux qui n’en ont pas encore et ceux qui n’en ont plus.

Parmi ceux qui n’ont pas encore d’abri, il y a ceux qui seraient nés « hors loi Hôdo » et ceux qui s’installeraient pour la première fois dans un territoire « hôdon » et évidemment ceux qui y naissent. Selon le concept Hôdo, ce tout dernier point ne devrait pas présenter de difficulté, car un État hôdon pourrait statuer qu’à chaque naissance correspond un abri et que le temps de construire cette structure n’impose pas de délai court. Par contre, les autres cas peuvent avoir besoin de plus d’urgence. Il faudrait donc pratiquement prévoir ces logements pour ne pas être pris à l’improviste et être incapable de réagir efficacement.

La seule chose qui serait envisageable c’est d’avoir une sorte de « Plan d’Occupation des Sols » qui serait basé sur une estimation de toute la planète, ou, à défaut de vison planétaire, d’un pays si l’on considère que ce dernier est une entité qui réunit des gens partageant un même protocole de convivialité et de synergie.

Il faut aussi éviter l’entassement des populations et ne surtout pas argumenter que plus une terre est habitable, plus elle peut être peuplée, même si certains endroits sont « privilégiés » pour devenir des mégapoles. L’écologie n’a pas de frontières, et les poumons, les réserves de ressources naturelles, servent toute la planète. Cette pensée doit primer l’ensemble des projets d’exploitation.

A priori, la seule « philosophie » qui ait une chance de pouvoir répondre à cette question serait la notion de ZUP destinée à permettre la création de quartiers nouveaux complets avec leurs logements, leurs commerces et leurs équipements, et ce, en évitant toute spéculation. Ce dernier point associé à l’écologie imposerait donc une supervision compétente par un organisme multidisciplinaire, neutre et objectif, un organisme d’État, mais non étatique.

Tous ces points conduisent à examiner les cas suivants en tenant compte de l’existant pour l’adapter à la deuxième loi de Hôdo :

Un refuge privé dès la naissance, la deuxième loi de Hôdo

Il faut bien comprendre l’esprit de Hôdo concernant le droit à la fuite intimement lié au respect de l’intelligence.

Le respect de toute forme d’intelligence doit inclure celle de tout enfant : lui aussi a droit au respect de son intelligence au même titre qu’un adulte. Comme l’adulte, il peut, à un moment ou un autre, avoir besoin de ne pas affronter un obstacle jugé par lui comme étant insurmontable, traumatisant, voire définitivement handicapant. Il ne s’agit pas seulement de maltraitance telle que la pédophilie, l’inceste… mais, même dans des environnements plus sereins, l’enfant peut avoir besoin d’intimité, de jardin secret, de tour d’ivoire. Cela est indispensable pour assimiler des épreuves endurées, se ressourcer, se préparer à un effort à venir. Or le jeune des villes modernes ne peut plus le trouver d’espace libre de tension dans l’environnement immédiat puisqu’il est « civilisé » : plus de bois, de terrain vague, de brousse… Il appartient en plus à une société qui lui imposera de se concentrer sur des tâches telles que la lecture, des tâches qui requièrent une certaine concentration, donc du calme pas toujours évident à trouver en fratrie. Les adultes se plaignent parfois de « ghettos » du point de vue de l’adulte, mais jamais du point de vue de l’enfant qui n’a pas son mot à dire.

Enfin, il est logique de penser que l’enfant deviendra adulte et qu’il aura de toute manière droit à cet espace selon le concept hôdon, alors, pourquoi attendre la dernière minute ?

Un espace « hôdon » serait une sorte de « nationalité » attribuée à la naissance qui aurait une signification matérielle avec sans doute une signification plus profonde qu’un bout de papier. Ce type de « nationalité » conduirait néanmoins à beaucoup plus de devoirs, car dans l’esprit Hôdo le respect de toute intelligence et son environnement conduit à respecter les autres tout autour de ce « berceau ». C’est un devoir, non un droit. C’est un sujet qui sera traité plus tard. Mais dans l’ordre, je préfère examiner ce qu’il faudrait pour être hôdon et ce qu’il y a de disponible.

Inéluctablement, on devra s’apercevoir qu’il y aura un problème de place et de ressources. Un enfant, ce n’est pas qu’un berceau, qu’une chambre, c’est toute une structure : soins, nourriture, habillage, éducation, distractions, équipements pour les communications, gestion de l’énergie… C’est une « demande » supplémentaire à toute la société et à la planète que les calculs antérieurs essayent de montrer, même si les chiffres à ce niveau sont approximatifs. Ce n’est pas « rien », c’est une vie.

Même si le concept de superposition de l’habitat gagne en avantage, il demeurera au sol de nombreuses structures qui resteront à l’air libre et qui sont indispensables pour l’équilibre psychosocial et écologique. Il ne faut pas non plus oublier que chaque capteur d’énergie solaire remplace irrémédiablement un espace équivalent de verdure. Tout n’est pas superposable.

Il faudra donc un jour penser obligatoirement à la limitation des naissances, non plus au niveau national, mais planétaire et tendre vers un statu quo : un adulte/un enfant. Préparer l’avenir c’est prévenir les accidents qui peuvent survenir quand on en a conscience.

Le logement de longue durée

Il y a trois grands cas où il faut construire ou fournir un logement de longue durée : la naissance, puisque tout citoyen y aurait droit ; la reconstruction, après un désastre quelconque pour refaire ce qui a été perdu ; et le nouveau venu qui abandonne sa résidence initiale. Il faut aussi inclure à ces derniers le nomade qui devient sédentaire. Le logement de longue durée devrait être la norme pour tout le monde, nomades inclus, même si pour ces derniers, le changement de lieu est plus fréquent et est partagé dans le temps et l’espace. C’est le seul « droit » incontournable de la loi de Hôdo. Il devrait résumer et supplanter les Droits de l’Humain, mais toujours soumis au « devoir » de respect de toute intelligence.

La longue durée doit s’entendre dans le fait que chacun a besoin de se poser dans un environnement maîtrisé, c’est-à-dire, à défaut d’être amical, au moins non hostile. Même les nomades ne vivent pas hors contexte. Et même les ermites savent où ils mettent les pieds. Tout le monde a besoin d’une « tribu » et la pire punition pour la plupart des animaux, dont l’humain est le bannissement du clan. C’est pourquoi tous les « migrants » essayent toujours de voyager avec le leur ou de le refaire là où ils s’installent, même s’ils se fondent dans la population d’accueil.

Il y a du point de vue hôdon deux plans d’administration des ressources : celui des communautés de voisinage et celui de la planète entière, car l’écologie n’a pas de frontières. Ces tâches ne devraient pas être incompatibles entre elles.

Les populations ont leur propre intelligence collective pour résoudre les problèmes d’intendance, sans avoir l’œil omniprésent d’un État. La gestion des ressources implique le développement d’une responsabilité « civique » de chacun dans son environnement. Cela ne se résume pas à se retrancher derrière une « dîme » qui permet d’avoir la conscience tranquille en rejetant le problème sur les « responsables » du système. C’est aussi un comportement grandissant puisqu’il serait opposé au fait de courber l’échine sachant que, quoi que l’on fasse, cela serait broyé par une machine aveugle.

Puisqu’un État hôdon ne pourrait pas intervenir à coup de lois et de jugements pour donner les sanctions qu’une police ferait appliquer, comment protéger partout le droit à l’abri et assurer le respect de toute forme d’intelligence ? Si le droit à l’abri est incontournable, il n’est néanmoins pas possible avec les deux lois de Hôdo d’imposer à qui que ce soit d’héberger, même temporairement, qui que ce soit. En effet, une politique hôdonne est de type « démocratie diluée », car acratique. On pourra alors reprocher que laisser les rênes aux populations locales peut favoriser la xénophobie. Nous y reviendrons, car cela mérite un thème en soi. Mais, d’ores et déjà, il ne faut pas voir systématiquement rien qu’un manque de charité, là où le partage d’un espace pose de nombreux problèmes psychologiques et logistiques. L’espace à gérer ne se fera pas de la même manière s’il est encastré dans une vallée de montagne, dans une oasis, dans les larges étendues en bordure des rivières, dans des cités surpeuplées… Les protocoles comportementaux seront toujours adaptés au milieu. Même s’ils peuvent et doivent évoluer, ils sont intimement liés à l’expérience de survie locale et cela ne se bouscule pas à coups d’ordonnances.

Le logement éphémère ou de secours

La notion de l’hébergement temporaire peut-être floue. Cela peut aller de la nuitée du voyageur jusqu’à l’étudiant qui suit de longues études pendant des années, en passant par les victimes d’une catastrophe naturelle, la femme et l’enfant qui fuient un milieu devenu nocif ou le SDF qui n’arrive plus à récupérer une place dans la société qui l’a rejeté.

Les urgences requièrent en général un traitement spécifique.

Le temporaire n’est pas une solution qui doit perdurer, c’est logique. Ce n’est qu’une étape pour trouver un refuge stable de longue durée, sinon c’est un attrape-nigaud pour se donner bonne conscience si aucune structure ne permet de basculer dans un mode sécurisé et c’est en plus malsain lorsque cet espace empiète sur des zones non adaptées pour cet habitat. Du point de vue Hôdon, il faut distinguer l’abri éphémère ou de secours par rapport aux autres.

Pour répondre à l’urgence, il faut déjà déterminer quelle est la durée du logement et quelle est la quantité de personnes à secourir. Plus le séjour sera long ou plus il y aura de monde, plus les questions d’hygiènes se poseront. Dans les questions d’hygiènes, il ne faut pas omettre comme c’est trop souvent le cas, celles concernant la psychologie, influençant obligatoirement le rapport avec les autres, donc la société.

Pour une durée très courte de l’ordre de quelques nuits, un hébergement est facilement envisageable avec les moyens de bord quand le nombre de personnes est réduit.

Mais dès que le nombre croît, un lieu abrité adéquat s’impose, car la logistique est plus facile à assurer s’il y a concentration de moyens. La question alors serait de savoir comment mettre à profit des espaces adéquats à ce type de secours d’urgence, comme de grandes salles normalement utilisées pour des activités telles que la gymnastique. De nombreux organismes savent gérer ces crises pour répondre efficacement dans de nombreuses circonstances et catastrophes naturelles ou non.

Si en plus du nombre, la durée croît, le besoin d’isolement se fait sentir et cela peut conduire à la création spontanée de bidonvilles sur tout territoire inoccupé par d’autres structures urbaines. Le problème n’est d’ailleurs pas tellement le bidonville en soi, mais d’une part la destruction d’un milieu qui serait éventuellement une réserve verte et d’autre part la surconsommation locale de services incapables de répondre à la demande. Il ne faut pas se contenter de dons financiers pour résoudre le problème : l’espace, la nourriture, les soins… ne sont pas que des valeurs monétaires. L’argent n’augmente pas l’espace, ne protège pas, ne nourrit pas… s’il n’y a rien de concret derrière, il ne remplace ni l’humain ni la Nature.

Quant à l’envahissement de terrains non exploitables pour quelques raisons que ce fut, il ne faut pas l’imputer qu’aux bidonvilles. Beaucoup d’intérêts privés convoitent les terres dites bon marché (inondables, mal desservies…) ou de luxe (vue imprenable, isolements privilégiés…)

Le logement des chassés ou fugitifs de leur domicile

L’urgence concerne ceux qui ont perdu un abri parce qu’il a été détruit, ou parce qu’ils ont été chassés du leur. Parmi ce dernier cas, la perte du refuge est possible soit par l’expulsion d’un même toit initialement partagé, soit par l’occupation des lieux par un étranger de la demeure qui en chasse l’habitant précédent. Il faut noter au passage que si la deuxième loi de Hôdo était en application, chacun, même dans un foyer, aurait son espace hôdon. C’est loin d’être une généralité.

Dans le projet Hôdo, à quoi serviraient des abris éphémères ? Il n’est pas possible de dire « vous avez un abri pour x temps », puis « dehors ! ». Il faut donc absolument trouver ou créer un nouvel abri pendant cette période transitoire qui doit être transparente pour ne pas plonger la victime dans le doute ou lui donner l’impression que la sortie du tunnel ne fait que reculer ce qui ne peut qu’accroître le non-espoir en un futur quelconque. Il faudrait pouvoir dire : « Là, vous aurez quelque chose qui est en train de se monter » comme lorsqu’on achète sur plan. L’abri minimum temporaire dans ce cas pourrait être dans le style d’une chambre d’hôtel, de cité universitaire, de camp militaire... avec au moins un point d’eau à proximité.

Les deux premières choses qui s’observent de toute manière en général sont le manque de structures et de moyens d’accueil. Les États se montrent impuissants à résoudre les problèmes par manque de projection dans le futur ou par simple impuissance, personne n’étant capable de fournir un travail quasi instantané ni de prévoir toutes les catastrophes.

En fait, ce sont souvent les organismes privés et indépendants qui prennent le relais et semblent plus réactifs et au plus près de la réalité.

En plus, il y a la plupart du temps un grand problème de communication. En effet, le sans-abri se retrouve rapidement hors contexte et donc seul face à ses problèmes. Or, ce n’est pas en « stress » que l’on réfléchit le mieux pour se sortir d’un problème. Là, il n’y a en fait qu’une seule parade efficace : une éducation préventive, complètement négligée dans l’éducation traditionnelle qui n’enseigne même pas les éléments minimums du secourisme ni l’existence de recommandations de sécurité. Ce n’est pas devant le blessé qu’on peut apprendre les bonnes attitudes et les premiers gestes de secourisme ni devant l’incendie encore maîtrisable qu’on découvre l’usage des extincteurs. Même si tout le monde ne sait pas faire un massage cardiaque tout le monde devrait être à même de savoir reconnaître quand une difficulté frappe quelqu’un, savoir lui prodiguer les premiers conseils ou alerter les personnes compétentes. Ce type d’aide pourrait être signalé dans les endroits les plus fréquentés comme les centres d’alimentation ou de transport en commun et pas seulement les dispensaires, les centres de police ou les mairies de quartiers.

Puisque dans une société non hôdonne, le flux de sans-domiciles serait « statistiquement » régulier, comme celui dû aux accidents familiaux et sociaux, des structures d’accueil peuvent être construites en dur pour répondre à un besoin permanent au moins pendant une période de mise en place de la deuxième loi de Hôdo, ce qui peut s’avérer assez long. Cela requiert de l’espace, du temps, de diverses ressources et surtout d’humains au service d’autrui. Ces derniers ont besoin de vivre aussi, c’est une autre des raisons qui font que la notion de revenu minimum pour tout le monde fait partie du projet Hôdo. Il n’est pas normal de ne pas subvenir aux bénévoles et en général à ceux qui aident autrui.

La solution du recyclage des anciens bâtiments ayant perdu leur fonction d’origine semble le plus facile à réaliser en peu de temps, car l’infrastructure et le gros œuvre sont déjà en place. L’utilisation de technologies modernes associée au télétravail et au transport pourrait permettre de se libérer de l’attraction des grandes métropoles censées offrir plus de confort, plus d’activité.

Comme il a été annoncé, le projet Hôdo tenterait de minimiser les interventions d’un État qui se mêlerait de chaque instant de la vie des gens, par contre, il pourrait administrer les ressources de terrains disponibles ou non. Recenser les terrains tombés en désuétude pourrait faire partie de l’une de ses attributions. Il pourrait ainsi renseigner les organismes qui travaillent sur la question des lieux et des sites qui peuvent être adaptés et réaménagés. Ce sont les seules réponses possibles actuellement à toute situation d’urgence. Mais, en parallèle, il existe une voie très souvent inexplorée, voire reléguée avec un certain dédain ou une certaine méfiance : le logement du nomade.

Le logement nomade

Nos sociétés et nos villes se sont construites avec des êtres vivants qui à l’origine ne connaissaient pas ces concentrations. Ils n’avaient aucune limite d’expansion, et l’humanité ne reste pas toujours au même endroit, même les sédentaires urbains. Certains ont la bougeotte comme les vacanciers avides de liberté ou de nouveaux horizons, comme ceux qui fuient la cité religieusement en fin de semaine… d’autres déménagent pour leur travail, et parmi eux, certains ne se fixent jamais comme les nomades. On prévoit pour les premiers une place pour les touristes, car ils sont « rentables » et on pense moins aux ambulants comme si le fait de ne pas être sédentaire était une sorte de tare. Pourtant, dans l’esprit Hôdo, les nomades ont droit à leur abri, sauf qu’ils voyagent avec les leurs.

Puisqu’on est capable de réserver des terrains pour les campeurs touristes qui ne sont là que quelques semaines, il devrait être possible de réserver pour les nomades des aires qui en plus pourraient servir aussi pour absorber un brusque trop-plein de sans-abri. Ces espaces pourraient être mutualisés et convenir par exemple d’un agenda entre les différents intéressés pour une occupation optimisée des lieux. Construire de grands chapiteaux est précisément l’une des qualités professionnelles de certains forains. On parle souvent de mixité…

Mais encore une fois, c’est aux communautés de déterminer l’usage et la transformation de terrain et non à l’État qui s’assurerait uniquement du respect de l’écologie, car cette vision est à grande échelle.

De même, quant à la convivialité, c’est encore une fois aux communautés de faire respecter les règles de bons voisinages. L’État n’aurait qu’un rôle de modérateur, car il aurait un certain recul devant les émotions et les ressentis des populations. Le problème de la mixité est compliqué, mais personne n’a le droit de prétendre détenir une vérité et de l’imposer comme étant La Vérité. La mixité, ou la mutualisation de l’espace, mérite une analyse en soi, surtout sur le plan des réalisations synergiques, voire cybernétiques, et non sur des considérations morales qui ne sont que la représentation mentale des Dominants, qui, l’histoire nous le montre trop souvent, sont les premiers à ne plus respecter les règles qu’ils dictent.

L’accueil de réfugiés

Il y a plusieurs sortes de réfugiés. En général, il y a ceux qui cherchent à rejoindre le territoire, la ville, le pays… le moins loin possible non seulement pour ne pas parcourir de grandes distances, mais aussi pour ne pas être éloigné du lieu d’origine qu’ils comptent réinvestir dès que l’occasion se représentera. D’autres font leurs adieux quasi définitifs à leur berceau et s’aventurent parfois très loin en quête d’un site pour y reconstruire une nouvelle vie.

Il y a aussi des comportements différents : ceux qui coloniseront un nouvel endroit selon leurs traditions, ceux qui cherchent à se fondre dans la population d’accueil espérant une discrète intégration provisoire ou non. Ces derniers de toute manière ne pourront pas plus que les premiers effacer les fondements de leur personnalité pendant probablement deux ou trois générations.

S’il n’est pas possible de généraliser les comportements des réfugiés, ils ont néanmoins tous un point commun qui les distingue des autres migrants : la perte plus ou moins définitive d’un abri et d’un lieu de vie qu’il faut reconstruire au plus vite.

Dans tous les cas de figure, l’absorption des pics est difficile par surcroît de travail, de dépenses, d’activités… Déjà, l’absorption des flux « normaux » internes est souvent insuffisante, voire débordée non seulement après une catastrophe naturelle, mais aussi pour les exclus de la société qui sont, hélas, des situations courantes.

Le drame est identique, qu’il s’agisse d’un réfugié qui vient de la ville voisine inondée, d’un peu plus loin, évacuant une cité rasée par un tremblement, ou encore plus loin à cause des irradiations d’une explosion atomique ou d’un accident nucléaire, voire au-delà des frontières, à cause des disettes, des guerres, des génocides… Souvent, les citoyens restent démunis malgré les exhortations des bons « princes ». Même si ses bons sujets offraient leur jardin quand ils en ont, leur aide serait dérisoire. En effet, si un logement était rapidement fourni, cela reste insuffisant, car comme nous le disions au début concernant l’abri « complet » celui-ci inclut en plus du refuge, il ne faut jamais oublier, l’environnement vital. Toute personne doit être introduite dans un milieu de vie, pas seulement dans une tente, ni même dans une chambre confortable d’hôtel. Cela alourdit donc la complexité de la tâche de l’accueil.

Il y a donc deux problèmes fondamentaux : l’urgence de construire quelque chose et le choix d’un environnement.

Le problème majeur est donc l’absorption de pics, et c’est vrai dans absolument toutes les circonstances de la vie courante d’un individu ou d’un groupe. La solution pour l’hébergement de secours de masse doit probablement se trouver dans les systèmes de partages par allocation temporaire, incluant les espaces dédiés au déplacement. En plus des espaces d’activités publiques temporaires, comme ceux pour les expositions, le mobile home peut venir compléter l’arsenal de dépannage tout en se rappelant qu’il ne s’agit que d’un abri provisoire en attendant de trouver un espace de vie de longue durée. Cela permettrait de désengorger rapidement les lieux d’arrivée, d’éviter l’agglutination puis la saturation dans des lieux inadaptés à l’accueil même éphémère. Il faut rappeler que les techniques d’abris mobiles sont aussi bien exploitées par les gens des travaux publics et par l’armée, ce qui nous fait penser que l’hébergement nomade est aussi une solution.

L’hébergement nomade est déjà très utilisé non seulement par les forains, les Gitans… mais aussi par les voyageurs touristiques ou professionnels, et une espèce tout à fait quotidienne : les véhicules. Combien de places de stationnement peuvent monopoliser les voitures, et d’autres moyens de transport sans pour autant réellement l’occuper ?

Concrètement, il serait possible d’absorber de manière diluée un grand nombre de réfugiés à condition qu’il n’y ait pas d’engorgements créant des « camps » ou des tribus. Le fait d’être dilué proportionnellement à la taille de la communauté accueillante permettrait une meilleure gestion logistique, et, par conséquent, une intégration plus sereine qui encore une fois ne requerrait pas l’intervention d’un État.

Il serait possible que chaque grande communauté se garde une « dîme » de l’occupation de ses sols qui serait laissée en « jachère » en prévision des urgences, quelles qu’elles soient. Des sols qui retourneraient le plus vite possible à la « jachère », sinon, la répartition de l’espace aurait évolué, changeant l’environnement vital. En effet, la « rentabilité » à outrance peut devenir un handicap pour répondre efficacement à l’urgence si les ressources humaines et matérielles sont au taquet ne permettant plus de marche de manœuvre suffisante.

Les structures peuvent être spontanées pour de toutes petites augmentations de population, préparées et organisées pour des flux comme celles des vacanciers. Mais lorsque le flux devient très important et qu’il doit s’accompagner de structures complètes, cela peut revenir à construire des quartiers voire des villages, ce qui ne se fait pas à coup de baguette magique. De plus, il faut rappeler ici que cela à un impact social supplémentaire, et ne pas oublier que l’hébergement d’une personne fait intervenir d’une part un abri physique qui doit bien être construit à un moment donné, mais aussi d’une structure sociale. Comme il a été dit plus tôt dans ce qui pourrait ressembler à un compte d’apothicaire, il faut au moins un champ de un hectare pour alimenter une dizaine de personnes, non seulement en légumes, mais par voie de conséquence, en boulangerie, donc en minoterie, etc.

En résumé, l’accueil de réfugiés, s’il ne peut s’effectuer sur place ou à proximité ne peut se réaliser sainement pendant la phase de l’urgence qu’en étant dilué. Après, le pic étant absorbé, les populations auront tout à loisir de se déplacer cette fois-ci sereinement.

Le changement de logement

Puisque l’emplacement du refuge ne peut et ne doit pas être figé, pour quelque raison que ce soit, comment gérer le changement d’abri sans ajouter des lois, ce qui est contraire à l’esprit de Hôdo ?

Le déménagement concerne tout le monde, et non seulement ceux touchés par les « mutations » professionnelles ou l’amélioration de confort. En effet, selon le concept hôdon, dès la naissance un humain aurait droit à son abri, mais il ne restera pas dans son berceau toute sa vie, et ce n’est pas un escargot ou une tortue emportant sur le dos son abri. Il est alors peut-être utile de « virtualiser » l’abri afin de le rendre plus « mobile ». C’est un peu ce que fait le système financier aujourd’hui, permettant de louer ou acheter un domicile… quand on en a les moyens !

Le problème majeur est le « quand on en a les moyens ». C’est l’une des raisons majeures de l’attribution d’une « manne de Gaïa » à tout le monde sans aucune exception de la naissance à la mort, car tout le monde est identique sur la Terre. Pour nous, c’est la vraie et seule égalité possible. Cette manne serait non seulement l’équivalent des besoins métaboliques de n’importe quel humain, mais aussi la représentation des ressources indispensables pour s’assurer un refuge. Or cela n’a de sens que si cette manne est « normalisée » et surtout non spéculative, d’où la notion de « monnaie-énergie » que nous proposons. Cette manne est la compensation incontournable d’une société où personne n’a plus la liberté de faire son abri, refuge et lieu de vie : regardons les SDF par exemple qui n’ont pas le « droit » de squatter, créer des bidonvilles, etc. ni les moyens de cueillir ou de chasser comme le ferait un homme libre de toute construction civilisée.

Cette monnaie ne serait pas contrôlée par des banques, des États ou des puissances quelconques, mais ajustées par des organismes comme ceux des poids et mesures, et supervisée par une entité neutre, écologique et planétaire comme l’ONU, l’UNESCO… Cette monnaie aurait aussi l’avantage de représenter un prix écologique, c’est-à-dire le coût véritable de toute fabrication, ce qui devrait limiter beaucoup les surenchères, et donc les spéculations abusives sur le logement, ainsi que sur toutes fabrications coûtant cher à « Gaïa ».

Il est évident que ce logement n’aura d’intérêt que s’il appartient à un espace de vie, et donc, a contrario, s’il faut permettre la liberté de mouvement, il ne faut pas non plus en faire la norme, et encore moins une obligation. S’il est relativement facile de changer de murs, il n’est pas de même de l’espace de vie. Or la notion de mannes de Gaïa aurait deux conséquences : ne pas être obligé de quitter un espace de vie par manque de moyen, et en même temps ne jamais être sans moyens de quitter un lieu pour un autre.

Pas besoin, dans le premier cas, de trêve hivernale par manque de moyens financiers. Pas besoin, non plus, dans le second de recourir à un abri de fortune lorsque le sien est détruit ou rendu invivable. En effet, cette manne de Gaïa inclurait une sorte de loyer qui permettrait de louer un abri. La question resterait donc la disponibilité physique des logements, car il est impossible de louer ce qui n’existe pas.

Le commerce du logement

Bâtir un abri selon les normes locales du lieu de vie et contemporaines plus ou moins complexes pour satisfaire des critères hygiéniques et psychologiques de plus en plus nombreux et précis tout en respectant ceux de l’écologie n’est vraiment pas « spontané ».

Construire à l’avance en prévision d’on ne sait quelle catastrophe n’est probablement pas la bonne solution. En effet, en plus du coût de la mise en service, celui de l’entretien impose de ne pas laisser à l’abandon un bâtiment. Il vaut mieux qu’il se détériore pour et par l’usage d’un occupant que par l’inexorable usure du temps.

Néanmoins, si l’on tient compte des déplacements, et de toutes les duplications de logement pour quelques motifs que ce soit, il peut y avoir la possibilité d’avoir un certain volant d’hébergement de secours disponibles pour des durées plus ou moins longues. Ensuite, ces logements peuvent se transformer en location, ce qui peut-être la solution intermédiaire entre le refuge d’urgence et l’acquisition d’un logement « définitif », car ce dernier est forcément lent à mettre en place.

Comme le système Hôdo serait sans impositions étatiques, au sens aussi bien fiscal que législatif, seuls des organismes indépendants peuvent s’investir dans les différents services sociaux et se subvenir à leurs besoins. Il existe actuellement plusieurs sources qui peuvent approvisionner des logements qui en plus sont relativement intégrés à un lieu de vie : l’individu qui possède des biens disponibles, les professionnels des constructions et d’hébergements, comme les hôtels, les HLM, les foyers… Et il y a aussi les communautés qui unissent leurs efforts pour motiver les précédents. Ces communautés qui seraient indépendantes d’un État ont l’avantage de connaître mieux qu’un quelconque lointain « administrateur » de lieux de vie.

Certains propriétaires souhaitent au moins amortir les frais d’entretien de leurs biens, d’autres veulent vendre leurs compétences d’architectes, de gestionnaires de lieux de vie. Mais en général, tout négoce se réalise avec l’idée de bénéfice. Tout effort se fait toujours avec la recherche d’une gratification qui soit supérieure à la dépense. La vie tente toujours de s’enrichir à la fois pour produire et pour se prémunir d’une disette éventuelle. Un État hôdon se refuserait toute loi concernant les commerces sauf sur un seul point : il peut être judicieux d’établir une vraie évaluation des coûts énergétiques de fabrication et de maintien opérationnel et pour cela d’utiliser la « monnaie hôdonne ».

Les supports à l’intelligence et la vie

La première loi de Hôdo est : respecter toute forme d’intelligence et son support5 . Ce support, c’est évidemment le corps qui contient cette intelligence, mais aussi l’environnement dans lequel il évolue. Respecter l’intelligence, c’est par conséquent autant respecter la qualité de vie de proximité que l’écologie. Au niveau de l’environnement immédiat, c’est respecter la demeure et la communauté qui partage le même espace relationnel. C’est respecter le labeur d’autrui…

Si l’abri minimum « appartient » à une personne, et si on peut logiquement supposer qu’une personne en use comme elle l’entend, il ne faut pas oublier que celui-ci appartient à un ensemble sauf rares exceptions. Il en découle donc une sorte de contrat local de convivialité pour respecter les structures partagées et l’intimité des habitants. Souvent malheureusement, la plupart des contrats relationnels prennent une valeur morale et non pragmatique. Par pragmatique, on entend des réponses empiriques à une situation. Par exemple, la nuisance sonore est un exemple typique de conflit entre le « droit » à l’intimité et le droit à l’évitement. D’un côté, l’un clame le droit de faire ce qu’il veut chez lui accusant l’autre d’intolérance qui revêt une condamnation morale. De l’autre, la victime n’a souvent aucune possibilité de justifier que le bruit la perturbe physiologiquement et psychologiquement. Les traumatismes qui ne laissent pas de traces visibles sont volontairement ignorés ou associés à des valeurs « morales » comme l’intolérance alors que les nuisances sont réelles et non « éthiques ».

Même le respect des structures partagées peut tomber dans ce jeu néfaste ou ce qui appartient à tous n’appartient à personne, car ce qui n’appartient à personne est parfois monopolisé par un seul au détriment des autres.

C’est la raison pour laquelle, le projet Hôdo parle du droit à l’évitement et non du droit au logement. Toute personne qui ne se sent plus à l’abri dans ce qui peut être considéré comme son refuge à cause d’un comportement envahissant, voire destructeur, est en situation d’agressé ou d’assiégé sans possibilité de fuite.

Il est donc indispensable d’obtenir et de faire appliquer un consensus qui justifie la troisième loi de Hôdo, développée plus bas.

Les mots magiques : mixité sociale

La mixité spontanée est présente partout et le mot « social » qui lui est accolé n’a pas toujours la même signification. S’agit-il de tradition, de moyens financiers, de fonctions ou de classes sociales, d’appartenance politique, religieuse… ? Alors, comment interpréter la « mixité sociale » ?

Pourtant, la mixité commence avec le nouveau-né, car toute personne, même l’enfant du foyer, n’est pas une entité « transparente » aux relations neutres. Par la suite, il est probable que tout le monde connaît les crises d’adolescence et les conflits de générations. Si des conflits naissent déjà entre parents, on peut supposer qu’il en est de même avec toute autre personne partageant les mêmes ressources.

Spontanément, des clans, des tribus se forment en général pour assurer une certaine solidarité, une certaine synergie qui permet aux membres de cette communauté de profiter des compétences de chacun. En général, ces groupes obéissent toujours à un protocole partagé, capital pour échanger les informations, celles qui sont porteuses de savoirs, mais aussi, et surtout, celles qui expriment les émotions, parmi lesquelles priment celles qui doivent assurer la cohésion du groupe indiquant : je ne suis pas une menace, au contraire.

Comme la culture maternelle, dont la langue est l’une des composantes essentielles, exprime le mieux la palette d’émotions, c’est autour de cet acquis que s’instaure le protocole de la communauté, sachant que les parents, de génération en génération, l’ont élaboré au cours des siècles. Donc, quoi de moins étonnant que de voir s’établir des communautés culturelles : quartiers juifs, italiens, chinois, français… La langue maternelle est si importante qu’elle est souvent cause de conflits quand on veut la bâillonner. Il en est de même avec les convictions populaires, car si la langue est le moyen d’étiqueter et de communiquer les savoirs, les croyances sont à l’origine des règles de vie que s’imposent les communautés pour assurer leur stabilité, échafaudant souvent leurs « valeurs » dites morales dans des religions et philosophies, parfois même, oubliées ou contestées avec le temps.

La structure des groupes et leurs relations avec les autres varient beaucoup de l’un à l’autre, mais on peut les résumer à deux mouvements : étendre leur terrain de chasse et assurer son intégrité. Selon l’intelligence de chaque groupe, résultat d’une longue expérience parfois complètement oubliée et idéalisée, ces attitudes pourront revêtir plusieurs formes agressives, violentes ou manipulatrices, agglutinantes ou isolationnistes.

Les groupes sont toujours organisés de la même manière en proportion différente selon le cas : une hiérarchie organise l’ensemble, un noyau dur qui maintient la structure et des électrons libres qui étendront les compétences du groupe.

La culture ou, plus précisément, les traditions semblent être le facteur prédominant qui relie les membres d’un groupe. Or cette culture dépend de nombreux facteurs, dont la mainmise de la hiérarchie pour définir ses règles. Il n’est pas rare que celui qui devient un Dominant se réserve la part du lion. Dans ce cas, l’aisance en général est associée à une certaine hiérarchie-soumission sociale. Ainsi, au bas de la pyramide, il y a une tendance à entasser les classes sociales plus « humbles » pour « économiser » sur le stockage des refuges.

Comme les soucis de survie au quotidien ne permettent pas de partager les mêmes intérêts que ceux du clan qui les domine d’une manière ou d’une autre et qui dispose de plus de temps pour s’enrichir non seulement physiquement, mais aussi psychiquement alimentant leur « culture », leur bagage cognitif.

Il faut noter au passage que le temps est aussi une valeur. Du temps libre, sans contraintes, sans perturbations, sans préoccupations de survie est indispensable à l’intelligence pour s’enrichir en connaissances. A contrario, une intelligence soumise à aucune difficulté ne se développe pas non plus même si elle est « cultivée ». Le juste milieu est comme d’habitude un ajustement permanent.

Il semblerait que les tailles des clans soient assez limitées, or que voit-on dans nos structures modernes. De grands ensembles urbanistes réunissent des milliers de personnes au même endroit en dépit de toutes leurs structures psychosociales. Il ne s’agit plus à ce niveau de mélange d’individus, mais des « tribus ». Le rapport de force qui s’installe change d’aspect et les Dominants espèrent qu’en forçant la mixité, les tensions seront absorbées dans la masse. Dans leur optique plus ou moins inconsciente, il est plus facile de satisfaire les « consommateurs » s’ils ne souhaitent que la même chose.

Il semble donc illusoire de vouloir imposer toute mixité dite sociale, car celle-ci dépend de la mixité culturelle qui a établi un protocole de « vie en bon voisinage » gravé dans les traditions des clans. La mixité sociale, si elle ne se contente que de juxtaposer des habitations n’est qu’un leurre qui n’a qu’un but : mieux asseoir une domination. Que ce soit pour fragiliser la dominance d’un groupe par rapport à un autre ou pour augmenter son emprise en distillant une pensée unique. Ce type de mixité de toute manière préservera, comme par hasard, les groupes dominants et les lobbies qui probablement n’hésiteront pas à user d’arguments démagogiques, voire de tartuferies de l’amour pour tous.

Du point de vue Hôdon, le respect de toute forme d’intelligence prime les bidouilles de bonnes consciences des Dominants. Une société peut se comparer à un organisme : ce n’est pas un assemblage d’organes disjoints sur l’étal d’un boucher ni un mélange haché. Un organisme vivant est un ensemble cohabitant dans une même « soupe » vitale. C’est cela la véritable mixité.

La véritable « mixité » dans ce cas réside dans le respect de l’intelligence de l’autre, non dans la contrainte et la soumission. Ce respect de l’autre doit obligatoirement passer par deux vecteurs : d’une part, l’intimité de l’individu, qui, toujours, aura tendance à s’associer avec des individus lui assurant cette vie privée, et d’autre part la liberté de penser, de créer et de découvrir d’autres formes de pensées, de comportement et d’action.

Il y a une énorme différence entre imposer une réglementation de la mixité et favoriser cette dernière en mettant en place un système qui le permette en toute liberté. Ce dernier point, qui est aussi important que les abris-refuges individuels, doit se faire grâce aux espaces de vie et d’échanges, et ne devraient jamais être oubliés par ceux qui veulent entasser des appartements. Il y a donc toujours à résoudre simultanément et en permanence, le logis et l’environnement, la psychologie et l’écologie.

Conclusion

Il ne s’agit pas d’opposer des « vérités » culturelles comme c’est souvent le cas en les jugeant moralement. Il est logique que toute entité, individu ou groupement, agressée ou assiégée, en ressenti ou en réalité, cherche à se défendre. Les arguments moraux et sociétaux ne sont que des paravents pour occulter le stress en l’étouffant par culpabilisation souvent dans des buts inavoués de domination. En effet, l’agression est une attitude normale de notre héritage animal et face à une attaque ou une menace la réponse est toujours soit la contre-attaque, soit la fuite quand c’est possible, soit, en dernier recours, la tétanisation ou la soumission. Cette dernière est souvent induite par les Dominants qui sont les maîtres de la société qu’ils idéalisent selon leur vérité ou qu’ils réalisent dans leur dessein de possession croissante. C’est aussi une manière de protéger leurs « biens », en faisant porter le fardeau par leurs administrés, sorte de vassaux des temps modernes, ce qui prouve encore une fois que le système dit démocratique ne l’est en réalité que pour ceux qui détiennent déjà un pouvoir. Comme ce n’est pas les Dominants qui accueilleront dans leur propriété des réfugiés ou des classes « à mixer », même à raison d’une personne par dix mètres carrés comme nous le proposons, donc, ce n’est donc pas eux qui doivent trouver la solution consensuelle puisqu’elle le sera surtout dans leur intérêt et en dehors des lois qu’ils imposent aux autres.

En résumé, le droit à un abri imposerait un revenu à tous incluant un apport pour louer ou acheter un logement. Cet élément d’habitation devrait être situé dans une zone permettant l’épanouissement de tout un chacun, sans autre contrainte que celui du respect de l’intelligence de l’autre. Or, cela ne se passera jamais de manière si « utopique », d’où la troisième loi de Hôdo concernant la recherche de consensus et son ministère associé : la Synergie.

Le ministère de la Synergie

Ce ministère, comme les deux précédents, n’aurait pas de pouvoir et sa fonction se limite à proposer des recommandations et des solutions. Il aurait en plus une sorte de gestion de l’acquis des connaissances, dans le but de les partager sans réserve. Il aurait aussi dans cette « base de données » tous les experts de la médiation.

La source des conflits

Dès qu’il y a exploitation de ressources non partageables, il y a conflit.

Qu’entend-on par « ressources » ? Il peut s’agir d’un bien matériel tangible et localisé, ou d’une notion abstraite et diffuse : les aliments, l’air, les outils et tout autre un objet destiné à un confort quelconque, l’espace à habiter avec leurs différentes sphères d’intimité et d’échanges, ou les connaissances octroyant plus de liberté, de pouvoir, de domination... Les « ressources » sont tout ce qui nous permet de vivre et prospérer. Dès l’instant où l’humain évalue qu’il est ou risque d’être lésé d’une manière ou d’une autre, il y a manifestation soit pour récupérer ce qu’il juge lui être dû soit pour protéger ce qu’il estime être de sa propriété. Même sa progéniture est considérée comme sa propriété, car il lui transmet tout l’acquis, quelle qu’en soit la forme d’héritage. Autrement dit, presque tout est source de conflits.

Lors d’un conflit, il n’y a en général que trois attitudes possibles l’agression, la fuite et la tétanisation-soumission. Mais l’humain est aussi une ressource pour l’humain et la faire fuir est une perte éventuelle, la mort étant évidemment la perte ultime. Il s’ensuit que l’agresseur « adoucira » son attitude pour maintenir le soumis exploitable. Souvent, il préférera la discrète manipulation, ne serait-ce que pour éviter une revanche qui peut se retourner en son désavantage. Ainsi, les Dominants peuvent développer une attitude « charitable » qui n’a d’autre but que la protection de leur propre intelligence et de l’environnement qui leur convient. Ce « capital » ne se résume pas qu’en biens financiers et finançables, il faut y inclure la contribution sous toutes les formes disponibles des dominés.

Ce comportement altruiste, reproduit à toutes les échelles, même s’il est inconsciemment « hypocrite », est pourtant probablement le plus rentable pour tout le monde. Mais, du point de vue hôdon, la prise de conscience et la maîtrise de cette attitude permet de mieux réaliser les deux premières lois de Hôdo, car chacun voit évidemment midi à sa porte et les émotions, les ressentis, les compréhensions, les vécus sont enfermés dans la boîte crânienne de chacun. C’est pourquoi la troisième loi fondamentale de Hôdo préconise le consensus ou le hasard, car elle parie sur la bonne foi, certes bornée de chacun. Il n’y a pas de « méchants » au sens moral dans Hôdo : les comportements hostiles et nocifs, sont dus à des ennemis ou des « malades » qui demandent une riposte ou un traitement particulier. Quoi qu’il en soit, la troisième loi nécessiterait la présence de « médiateurs », des négociateurs qui auraient des compétences notariales et psychosociologiques.

La notion de contrat

Le consensus permet de trouver des accords qui satisfont chaque parti en lice. En général, on s’attend à ce que la solution finale soit de type gagnant-gagnant pour qu’elle soit pérenne. Mais, l’intransigeance peut conduire à des blocages conduisant à l’échec de toute négociation. Aussi, face à cette situation, Hôdo préconise un principe nouveau : le hasard.

Le choix au hasard a plusieurs implications. L’échec d’une négociation peut conduire à la pire décision pour au moins l’un des partis, mais aucun ne sait lequel. Comme chacun peut en être victime, l’état d’incertitude et d’insécurité qui en résulte peut inciter à rechercher plus sérieusement un consensus.

Le hasard résout aussi un autre problème plus difficile à cerner, car « virtuel » : le respect de l’intelligence. En effet, son non-respect est ressenti comme une agression. Or le hasard met sur pied d’égalité toutes les formes d’intelligence, car, en cas d’indétermination, il ne favorise pas une solution plus qu’une autre, pas même majoritaire. De toute manière, dans tous les cas de figure, seule l’expérience indiquera si le choix était valable, même pas meilleur qu’un autre puisque ne vivant qu’une seule vie on ne peut rejouer l’autre solution pour comparer.

Il est évident que le choix du hasard ne doit porter que sur un point précis, presque binaire, et pas un « paquet complexe ». Il s’agit par exemple de décider si on court en face ou si on revient en arrière lorsqu’on est au milieu d’un pont qui risque de s’écrouler, non de choisir au hasard une « constitution ». Dans le premier exemple, le choix est « binaire » et répond à une urgence, dans le second, c’est chaque point qui doit être débattu et de manière consensuelle ou aléatoirement rejeté ou approuvé.

Si seule l’expérience montre qu’un choix est valable, combien de temps faut-il attendre pour en être convaincu ? Tout contrat, quel qu’il soit, doit avoir une durée limite déterminée et des clauses de rupture pour arrêter un processus jugé néfaste ou parce que le courant de la vie rend obsolètes certains choix initialement favorables.

Enfin, lorsqu’une clause de fin de contrat convient à tous, il faut normalement respecter le contrat signé. Que se passe-t-il en cas de violation du contrat ?

À cause de tous les conflits qui peuvent surgir depuis le début de la recherche d’un consensus jusqu’à la fin des accords, il faut mettre en place un système à la Hôdon qui, tout en respectant en permanence les deux premières lois, garantisse les contrats entre parties, même s’ils résultent d’un choix au « hasard ».

L’autogestion

La première règle applicable est la proximité de décisions. Plus les personnes sont concernées directement par le contrat et le conflit plus elles seront motivées pour trouver la solution. Pourtant, elles auront tendance à s’en remettre à un « supérieur » censé chapeauter les divers intervenants. Cette dernière peut être très éloignée du contexte, et cela présente même un avantage si cette « autorité » joue un rôle de modérateur impartial et de garant des contrats sans pour autant devenir un Dominant imposant ses conceptions.

Dans ce cas, la réunion de plusieurs groupes en surensembles partageant un même intérêt et un même mode de vie prend un sens autre. La structure que l’on pourrait appeler agglomération, nation, confédération, etc. serait comme un organisme vivant et complexe partageant en quelque sorte un « sang », une « sève », un « hyaloplasme »... Une entité dans laquelle chaque organe apporte sa contribution pour tous. En effet, vu sous cet angle, bien plus large que la démocratie traditionnelle, chaque sous-ensemble d’un peuple contribuerait au bien de tous en apportant ses compétences selon sa spécificité sans jugement valorisant ou dévalorisant selon cette spécialité.

Cette sève commune prend sous l’angle hôdon une signification différente loin des impositions de toutes sortes émanant d’une entité unique et centralisée. Il faut effectivement parfois unifier certains comportements au moyen de normes. Par exemple, un code de la route est indispensable pour se déplacer à travers toute une région et il obéit à la première loi de Hôdo, car le respect de toute intelligence inclut le respect de la vie. Mais un tel processus serait établi par un collège d’experts en la matière. Il ne s’agirait pas de lois « morales », mais pragmatiques liées à un certain contexte technique. Il n’est point besoin d’un gouvernement pour édicter ces lois. Reste alors la question : comment les mettre en application ?

Il existerait selon certains recensements nationaux en France une personne sur cent qui aurait l’esprit et le rôle d’un gendarme. Autrement dit dans tout groupe d’une centaine d’individus, il y aurait l’un de ses membres qui peut être investi de la fonction de policier ou de militaire. Ces personnes ne sont pas souvent plus dominantes qu’autrui, même si elles peuvent avoir envie de s’imposer. S’ils défendent l’ordre de leur groupe, ils peuvent y être « engagés » pour cette tâche, au même titre qu’on fait appel à un vigile d’une société non gouvernementale. C’est vrai d’ailleurs pour tout autre métier au service de la communauté comme ceux qui prodiguent soins et aides. Une communauté d’une centaine de personnes serait autosuffisante d’une manière sociale. Selon ces mêmes études statistiques, non seulement, on y trouve tous les corps de métier nécessaires à la vie quotidienne, mais aussi des enseignants et des chercheurs.

Le Dominant

Le concept hôdon utilise souvent « Dominant » avec une majuscule. Pourquoi ? Et qu’est-ce ?

De dominant, tous les humains en ont les germes, et tous le deviennent chaque fois que l’opportunité se présente. C’est la conséquence du besoin inhérent de maîtriser son environnement et ce qui s’y trouve pour assurer sa vie et la survie de l’espèce.

Les humains sont aussi des êtres si complexes et riches en connaissances, toujours poussées par la vie à imiter puis à dépasser les modèles. Mais cela demande des maîtrises diverses dont aucun ne peut acquérir toutes les compétences : le cerveau et le temps en sont les premières limites. Parfois même, ces talents sont incompatibles chez un seul individu.

Alors, l’humain apprend à confier ses besoins à d’autres plus experts que lui dans les domaines qu’ils ne maîtrisent pas. Parmi ces domaines, il y a celui de la gestion des ressources communes que partage une société. Ces domaines peuvent s’appeler républiques, entreprises… avec à leur tête, des humains, ni plus ni moins que les autres, mais a priori capable grâce à leurs talents de remplir leur rôle de chef d’orchestre, de guide, de gestionnaire… Lorsque ces experts abusent de la dépendance de ceux qui leur ont confié une tâche, ils deviennent des « Dominants » au sens hôdon.

Même s’ils ont été choisis par un accord quelconque, les Dominants sont ceux qui imposent leur volonté et le savoir aux autres tout en croyant ou faisant croire que leur expertise est supérieure et surtout incontestable. D’ailleurs, ils s’arrangent en général pour transformer ce savoir incontournable en vérité unique, et n’hésitent pas à installer une dichotomie morale pour culpabiliser ceux qui n’adhèrent pas à cette pensée unifiée. Nul besoin pour cela d’appartenir à une quelconque secte d’illuminés ou de brillantes élites, un magasinier qui ne sortirait pas d’une école prestigieuse, mais sachant gérer à lui seul les stocks dont il a la responsabilité, peut devenir un Dominant puisque tout le monde dépendrait de lui, même son patron.

Les Dominants s’appuient souvent sur leur cour, partis, écoles de renom, sectes, lobbies divers occultes ou non... Cela leur sert de moyen pour s’élever dans le pouvoir en même temps que de filtre à la concurrence. Le sommet de la pyramide s’appuie toujours sur une base solide qui espère récolter les fruits de leur candidat placé au sommet.

Les Dominants ne sont pas nécessairement des gens qui soumettent les autres par la force violente, mais qui usent de leur expertise et abusent de la confiance qui leur est accordée dans un domaine pour imposer leur propre notion de confort. La « force », il la délègue à d’autres organismes, précisément pilotés par leurs suivants.

C’est pour éviter ce type de domination que le concept hôdon est acratique et que le pouvoir doit être attribué à tous et non seulement spasmodiquement à chaque élection.

Contourner la Domination néfaste

Toute activité complexe a besoin d’un chef d’orchestre et donc instaure s’il le faut une hiérarchie fonctionnelle.

En même temps, l’humain a une tendance innée à étendre son domaine de vie, donc d’activité, et, comme tout ce qu’il fait dans tous les domaines, il passe son temps à conquérir et à capitaliser.

La conquête n’est pas nécessairement une Domination de l’autre, et cette dernière n’est pas nécessairement physique. Il ne s’agit pas toujours d’envahir le territoire d’autrui, mais par contre il peut s’agir de l’extension d’un modus vivendi quelconque : langues, convictions religieuses ou philosophiques. Ces formes de propagations s’accompagnent aussi souvent de conflits plus ou moins armés. Il peut aussi s’agir de commerces, de finances... Là, ce ne sont pas les armes qui jettent les humains par terre...

Il faut noter qu’en général une conquête s’effectue contre un « capital » qui ne se résume pas qu’en biens financiers. Il existe d’autres capitaux comme les connaissances qui permettent de mieux comprendre l’univers, et qui sont parfois tenues secrètes pour mieux dominer. Et il y a aussi d’autres formes de conquêtes, à commencer par celle sur soi-même à l’instar du champion sportif.

Dominer est incontournable dans nos « instincts », mais comme l’« amour », il peut être sublimé. Marcher, courir, nager, se battre à mains nues... est instinctifs, pourtant comprendre leur mécanisme permet de mieux marcher, courir, nager, se battre à mains nues... et même avoir des champions. Il faut pour cela faire en sorte que la domination quand il s’agit de maîtriser un sujet de compétence soit au moins aussi gratifiante qu’être maître d’un sujet « vassal ». Faut-il encore permettre l’éclosion de ce type de « domination » qui devrait être possible dès que l’on respecte toute forme d’intelligence sans distinguo.

Cela n’empêchera pas les compétitions et les concurrences qui ne sont pas nécessairement néfastes, au contraire. Il est fort probable que cela fasse partie de nos comportements instinctifs et que cela réponde à un besoin de la Nature qui essaye de sans cesse s’améliorer. Donc, une pédagogie qui ne flatte ni la facilité ni l’excès élitiste en mettant la barre trop haut dès le départ et identique pour tous serait un plus pour le respect de l’intelligence.

En même temps, dans ces mêmes instincts, l’esprit de solidarité est toujours présent, car il semblerait que pour la nature l’espèce est plus importante que l’individu et que l’intelligence collective prime sur une intelligence individuelle. Or l’intelligence collective est d’autant plus grande qu’elle offre plus de variété de savoirs et donc de solutions. Ces savoirs sont alors non seulement souvent motivés par la compétition, mais aussi par le besoin de reconnaissance du groupe.

Profitant de ces deux caractéristiques, le besoin de « dominer » quelque chose, une expertise, et celui de contribuer à un groupe, une synergie, il est possible de briser tout monopole de Domination en appartenant à plusieurs groupes, adaptant ainsi l’adage « diviser pour régner pour mieux soumettre » en « diviser un règne pour ne pas être soumis ». En quelque sorte, le soumis se libère du poids que lui impose un Dominant lorsque plusieurs Dominants se partagent le pouvoir. C’est un peu le rôle qu’auraient les « partis » dans les divers organismes de gouvernance d’un État. Évidemment, si les dés ne sont pas pipés... Savoir jouer la partie avec ce que nous sommes, sans nous voiler la face, c’est nous rendre libres et égaux, car c’est en cachant notre nature que nous devenons manipulables par et pour des Dominants.

Comme un groupe de travail est optimum autour d’une huitaine de personnes comprenant pour chaque sexe au moins un tiers de représentation, il semblerait judicieux que tout organisme à tous les niveaux et dans toutes les fonctions d’un État soit géré par de tels groupes. Chacun de ces groupes aurait une activité précise, et serait indépendant les uns des autres, libre ou non de se réunir sous la direction d’un regroupement, associé dans ce cas au travers de contrats à durée prédéterminée même s’ils sont reconductibles.

Dans l’esprit hôdon, l’idéal est le consensus aboutissant à une synergie et le partage gagnant/gagnant, d’où l’importance des groupes de négociateurs, d’avocats, de médiateurs, de psychologues, d’ambassadeurs... Ces professions s’harmoniseraient entre elles, et pourraient constituer le troisième ministère, donnant ainsi à cet organisme une position de « sage » comme il était pratiqué dans les anciennes tribus.

Il faut bien distinguer les trois sortes de structures « hiérarchiques ». La gestion des ressources (les « syndics »), la direction des ouvrages (les « chefs d’orchestre ») et la recherche de consensus (les « sages »). Sous peine de perdre leur indépendance et donc leur objectivité et leur efficacité, ces missions ne peuvent être mélangées même si elles doivent travailler ensemble.

Il ne faut pas se leurrer et se bercer d’illusions utopiques, malgré les lois de Hôdo, il existera probablement toujours des dominations néfastes, et dans ce cas, parfois la « sagesse » devient difficile à trouver et appliquer.

La domination se fait de nombreuses manières, mais d’une manière ou d’une autre elle porte sur l’espace vital en essayant de le réduire ou de se l’approprier, même temporairement. Les moyens sont innombrables : le pique-assiette qui s’installe comme un parasite, celui qui rend la vie impossible aux autres par son comportement, les enfermements physiques ou psychiques, les sièges… et jusqu’aux meurtres.

Le devoir de réciprocité

La première loi de Hôdo porte en soi un dilemme. Le devoir de respecter toute intelligence est en effet symétrique. Deux antagonistes peuvent revendiquer ce devoir de la part de l’autre. L’aide au consensus doit toujours tenir compte de cet aspect de l’« égalité » hôdonne. Or cette égalité est fréquemment mise à mal par les favoritismes aussi bien instinctifs que calculés qui conduisent à « deux poids, deux mesures ». C’est entre autres pour éviter ce type de problème qu’il est très important à résoudre les conflits de manière consensuelle.

Il en est légèrement différent avec la deuxième loi qui, elle, n’est pas symétrique. Le droit à l’abri n’est pas le droit à s’approprier ni à spolier.

S’il n’y avait pas de conquête de territoire occupé par d’autres humains, on pourrait dire que la découverte et l’occupation de terre vierge sont « naturelles », les naissances engendreraient une extension du territoire hérité par la suite, et les trop grandes populations locales migreraient vers d’autres horizons. Mais l’humain ne peut s’empêcher de convoiter aussi ce que l’autre a de meilleur que lui. Il n’y a pas encore de surpopulation qui justifie le besoin d’envahir un espace déjà occupé. Mais souvent, l’envahisseur, considère que l’espace qu’il convoite est meilleur que le sien et veut donc soit en chasser l’occupant précédent soit l’assimiler pour en conserver l’avantage.

A priori, si l’on respecte les deux premières lois de Hôdo, on pourrait supposer que le premier occupant contemporain (pas l’ancêtre antédiluvien) d’un espace a le droit de maintenir son espace de vie et que toute autre personne a le devoir de respecter cette intelligence et son environnement. C’est d’autant plus vrai que l’occupant a pu y apporter beaucoup d’aménagement et d’effort divers de l’acquisition à la maintenance donnant une valeur ajoutée à l’espace. Tout ce travail fait partie de « l’intelligence » d’un individu qui en général gère son territoire pour en accroître le rendement, car les facilités de la vie libèrent plus de temps pour l’imagination et la créativité. En plus, chaque espace n’offre pas les mêmes ressources, et ces dernières ne sont pas toujours connues lors de l’acquisition et ne sont mises en valeur qu’après. Or, c’est souvent ces conforts et ces richesses qui sont jalousés plus que l’espace en soi.

Il faut préciser que les deux lois fondamentales de Hôdo concernent l’occupant et non le propriétaire. Pour ces derniers, on pourra dénoncer que l’acquisition d’un bien immobilier s’est réalisée de manière malhonnête en chassant l’occupant précédant par la violence, l’escroquerie, voire des accords contestés. Le cas devient plus complexe si les améliorations et les rendements du territoire occupé l’ont été par les nouveaux occupants. Un « retour à la normale » est encore plus difficile à rétablir si les occupants à la source du conflit ne sont plus contemporains.

Si le conflit est immédiat, et si quelqu’un a perdu son abri-environnement, selon les lois de Hôdo c’est lui qui aura une priorité dans la recherche d’une solution qui peut même être urgente. S’il y a urgence, il est fort probable qu’il faille recourir à des solutions « contraignantes ».

Si la source du conflit est ancienne, il est parfois difficile, voire impossible, de faire marche arrière, et rien dans les concepts hôdons n’indique une quelconque « culpabilité » transmissible à la descendance surtout si l’héritage est passif.

La prime occupation ne concerne pas uniquement la position physique d’un individu, mais tout l’environnement qu’il y a établi. Par exemple, si le premier occupant d’un espace y mettait des coqs chantant à tue-tête sans gêner personne, il semble indélicat qu’un voisin nouvellement arrivé le lui reproche. Bien sûr, rien n’interdit non plus de discuter et de chercher un consensus gagnant-gagnant. De plus, les deux premières lois de Hôdo devraient systématiquement prendre en compte les ressentis. Même s’ils ne sont pas « logiques » ils font partie des mécanismes de l’intelligence. Ce thermomètre qui indique la qualité de vie psychique de l’environnement et peut-être un blocage important dans toute recherche de consensus.

L’urgence de la réponse.

Conflit peut engendrer une urgence qu’il n’est pas possible de résoudre dans un premier temps par le consensus, car cette dernière méthode est en général très lente. De plus, le temps des négociations ne doit pas être utilisé pour instaurer par la ruse et le fait accompli un autre statut, non négocié, cette fois-ci. L’option de séparation physique des opposants dès que la situation s’envenime semble donc incontournable. Et cela conduit souvent à l’emploi d’une force.

Si la situation dégénère en combat, cela peut aboutir à une mise à mort. Il est logique alors de recourir à la « légitime défense », mais l’idéal dans ce cas serait de confier le plus possible cela à une tierce personne qui aurait l’art et la manière pour limiter les dégâts collatéraux et la violation des deux premières lois de Hôdo. Dans la colère, l’action est souvent maladroite, disproportionnée, voire nocive.

En général, l’agressé est censé être déjà sur son « territoire », mais ce n’est pas toujours ni évident ni vrai. Il faut donc autant que possible séparer dans un premier temps les opposants tout en s’assurant que chacun retrouve bien son abri. Comme il peut être difficile de déterminer au préalable qui est l’agressé, on peut supposer que le premier occupant d’un lieu a toujours la priorité. Celui-ci est peut-être arrivé sans agression dans un abri-lieu de vie, soit en prime occupation, soit par naissance, soit par acquisition contractuelle et librement consentie entre les différents intervenants.

Dans le cas contraire, si l’occupant actuel a hérité de l’agression de ses ancêtres, surtout non contemporains, la notion de revanche est difficilement en accord avec l’esprit Hôdon, car le respect de toute forme d’intelligence inclut aussi bien celle que l’on a héritée plus ou moins passivement, plus ou moins inconsciemment, que celle qu’on s’est forgée, d’ailleurs à partir de la précédente. La dette et le dédommagement sont eux-mêmes difficilement évaluables dès que la rivière du temps a remodelé le lit de son histoire à partir de cet évènement.

Si les tentatives par le dialogue ne sont pas suffisantes pour ramener la paix, il faut user de contraintes fortes pour arrêter toute nuisance et parfois rendre inefficaces les agressions. Sans cela, aucune recherche de consensus ne pourrait aboutir. Cela implique la présence de « force de l’ordre », que ce soit du type des « sept Samouraïs » d’Akira Kurosawa ou une police locale ou d’État avec ses différentes spécialités.

L’existence de police et d’armée peut donc s’avérer incontournable, mais dans l’esprit de Hôdo, ni l’une ni l’autre ne devraient être au service d’un Dominant. Le système immunitaire d’un organisme ne semble pas dépendre que de quelques neurones qui dicteraient leurs prérogatives partisanes. Mais encore une fois, dans ce domaine comme dans les autres apparaît le besoin de communication au sein d’un groupe qui partage les mêmes intérêts et souffre de mêmes menaces.

Il est logique de réunir les compétences d’un territoire, mais encore une fois, s’il peut et doit exister un rassemblement de tous les gens d’armes d’une nation, il ne faut pas que ce soit sous la tutelle d’un Dominant « politique » qui imposera par la force son unique point de vue.

Alors, y aura-t-il des Dominants qui pourront acheter ces forces ? Oui, il y en aura toujours. Mais, si cette organisation policière ou militaire obéit aux lois de la concurrence, comme c’est déjà le cas pour les sociétés de vigiles, il sera presque évident qu’en cas de désaccord d’une fraction du « personnel », qu’une autre entité surgisse. Dans une nation démocratique ou non, cette divergence serait qualifiée de mutinerie ou de « putschiste » parce qu’elle désobéirait aux ordres des Dominants. Comme si ce n’était pas déjà le cas. Pire, comme si certaines armées logiquement au service d’une nation ne sont pas en fait « manipulées » par une autre ? Ce n’est pas en muselant les organisations que l’on obtiendra un risque zéro de dysfonctionnement dans une chaîne de commandement, mais la liberté est plus difficile à gérer pour les Dominants qui en fait se concentrent toujours plus ou moins inconsciemment sur leur liberté individuelle entraînant dans leur sillage des populations obéissantes avec ou sans uniforme.

Réparations

Lorsqu’il y a eu des dégâts ou des pertes, il est souvent nécessaire de réclamer, voire d’imposer une réparation, ne fût-ce que pour participer aux maintenances des biens utilisés et ainsi apprendre le respect d’autrui en partageant ses peines subies par ces dommages.

Il ne faut pas pour autant tomber dans l’application pure et simple de la loi de talion. Le but de la réparation n’est pas un jeu de miroir. Prendre une dent pour une dent perdue ne la rendra pas... Et que dire d’une vie perdue ?

Le but de la réparation est de réparer ce qui peut être réparé et ainsi d’apprendre par la même occasion l’implacabilité de l’entropie qui fait qu’il est plus facile de détruire que de construire. Ce n’est pas une simple vengeance, c’est une remise en état accompagné d’une « tentative » d’empathie pour comprendre ce qu’il en coûte à autrui.

Mais qui « imposerait » cette réparation, puisque dans Hôdo il n’y a pas de « ministère de la Justice » ? Et quel serait le « moteur » qui provoquerait cette réparation ?

Nous ne répondons qu’à des motivations gratifiantes et pénibles, voire douloureuses. Nous sommes attirés vers l’un et combattons ou fuyons l’autre. La seconde motivation l’emporte sur la première, car pour profiter d’un plaisir, il faut être vivant et autant que possible valide. La situation devient anormale lorsque le manque de plaisir, voire la menace de privation, est plus pénible que la détection de nocivité elle-même comme c’est le cas dans toutes les formes de dépendances, et non pas seulement celle due aux drogues.

Imposer le respect d’un contrat ou la réparation d’un dégât ne se fera toujours que d’une seule manière : éviter un déplaisir, même si ce n’est « que » celui de perdre un peu de bienfaits ou de bien être. Perdre un peu de reconnaissance des autres peut être aussi douloureux qu’un coup de poing… et aux effets beaucoup plus longs. Il y aura alors une forme de mise en garde avec menaces jusqu’à une « punition ».

Il faut bien voir que dans l’esprit hôdon il n’y a pas de « morale ». Un acte « malveillant » est une erreur ou une agression. L’erreur est due à un vécu, ses expériences et ses dysfonctionnements biologique et psychique divers par rapport à une « normale » courante et jamais définitive, qui conduit à certains choix désagréable pour l’environnement social et écologique. L’agression, quant à elle, est de l’hostilité justifiée ou non. Dans l’esprit hôdon, un agresseur est donc un adversaire, voire un « ennemi », mais pas un « méchant ». Cette dernière classification, à prendre avec des pincettes, serait une « maladie ». Dans tous les cas de figure, le respect de l’intelligence reste un devoir. Il n’y a donc pas de place pour la haine et son cortège de revanches inassouvies. Il ne faut pas non plus confondre la haine qui est un état d’esprit avec la colère qui est une émotion qui affiche la « force » qu’on est susceptible de déployer si l’agression continue. Cette émotion a beaucoup de signification physique dans le monde animal, mais le développement intellectuel et technique de l’humain en change considérablement son signifié et sa portée.

Face à un « ennemi », le respect de l’intelligence imposerait pratiquement l’usage de l’aïkido, car la compréhension de cet ennemi permettrait de retourner contre lui sa violence. Certes, il peut être difficile de pratiquer l’aïkido avec un projectile filant à la vitesse du son.

Face à un « malade », il faudrait pratiquement « imposer » des soins ou du moins un isolement clinique. Autant de problèmes qui n’ont peut-être aucune réponse unique et optimum. Pourtant, le ministère de la Synergie et du Consensus hôdon ne devrait pas imposer de solutions pour régler les conflits. Son rôle se limiterait à proposer des ressources en réunissant les médiateurs et toutes les personnes compétentes pour trouver des remèdes à une crise. Ce ministère ne devrait surtout pas s’emparer de la direction des armées, de la police, de la justice, ni même de l’enseignement et des médias, car automatiquement il créerait un centre de pouvoir et donc un support efficace à toute forme de Domination. Il faut que la notion de justice reste au plus bas niveau, sans intervention de l’État. Ce dernier n’interviendrait que comme conseiller, mais jamais comme acteur.

Châtiment

Il existera des cas où la réparation ne sera pas réaliste.

Trouver des compensations est impossible « mathématiquement » et donc aucune justice ne pourra jamais peser avec exactitude le poids d’une perte différant pour chacun. Aucun juge, aucun juré n’aura jamais assez d’empathie et d’équité, de maîtrise de la psychologie et de la rigueur scientifique pour comprendre les deux parties comme un laborantin qui mettrait dans la balance l’« âme » de chacun. Sans compter que personne n’est jamais à l’abri d’aucune manipulation, à commencer par les siennes.

Pourtant l’agressé a le droit de se défendre en fonction de la deuxième loi de Hôdo. Et il est à noter que dans l’esprit hôdon le devoir du respect de toute forme d’intelligence n’est pas un droit, mais un devoir. On ne peut donc logiquement clamer « j’ai le droit de... », mais plutôt « vous n’avez pas respecté mon intimité, mon refuge, mon espace vital ». De plus, le devoir de respect de l’intelligence et de son environnement inclut toutes les dimensions de l’intelligence : à commencer par le propre corps, puis l’habitat, le lieu de vie avec ses règles locales, coutumes et traditions, et ses règles associatives avec d’autres ensembles et sur ensemble de communautés et à l’extrême, l’écologie. Et il n’est pas rare d’entendre le même genre de plainte simultanément des deux opposants.

La notion de modérateurs représentant chaque parti est donc incontournable dans l’esprit Hôdon. Le modérateur — appelons-le juge, avocat, policier, psychologue, aide sociale… — devrait être étranger au conflit pour ne pas lui être émotivement lié. Mais en même temps, surtout dans l’esprit acratique de Hôdo, pour être neutre, il ne peut pas appartenir au clan des Dominants, sinon leur jugement sera influencé par les intérêts de ces derniers, même malgré leur bonne volonté tant humaine que professionnelle. Pire, il arrive pour vouloir être libre dans ses choix que quelqu’un puisse aller à l’encontre du Dominant par effet miroir, ce qui est, hélas, tout aussi rigide. Bien sûr, un système hôdon ne s’amuserait pas à détricoter les organisations préexistantes, mais il les détacherait de toute autorité non fonctionnelle et ayant une position de monopole de décision non experte en la matière. Cela est d’autant plus vrai quand il s’agit de déployer une certaine force coercitive.

Dans tous les cas de figure, l’usage de la force semble incontournable. Certes, elle peut être discrète, retranchée derrière des effets secondaires. Par exemple, licencier un employé va le mettre au chômage donc réduire le pouvoir d’achat et donc agir comme une force qui l’empêchera de vivre comme avant, et la menace d’une telle éventualité peut suffire à soumettre le personnel. La moindre punition fait intervenir la notion de force : interdire à un enfant de toucher à un dessert est aussi une force indirecte, et peut-être la pire, car la désobéissance risquerait d’entraîner la perte de la sécurité du foyer. Ou alors, c’est la révolte... et donc encore une fois un jeu de forces. Fermer les yeux devant cette réalité à la fois biologique et physique est hypocrite. Et surtout, dangereuse. Si la force de l’inconscient individuel ne laisse plus de doutes, l’« inconscient » d’une société a la même puissance et est même dangereux aux mains d’un Dominant « éclairé ».

La force sera aussi parfois indispensable pour revenir à une situation sereine ou pour la maintenir. Dans cette optique, son usage peut même être « prêt » à l’emploi, une contre-menace en quelque sorte dans l’espoir qu’elle soit dissuasive. Mais il ne faut pas pour autant transformer cette « prudence » en état de fait ni en agression camouflée. Il faut réaffirmer que l’esprit de vengeance est totalement à rejeter dans l’esprit hôdon.

Quelle punition pourrait appliquer cette force ? Selon les deux premiers principes de Hôdo, aucune « punition » ne devrait altérer l’intelligence et son support de celui qui est puni ni le priver d’un refuge intime. Cela n’impliquerait aucune invalidation physique par mutilation ou autre comme l’humiliation.

Parmi les punitions pratiquées dans les diverses cultures, l’exclusion de la communauté est très fréquente : cette exclusion peut revêtir l’internement, le bannissement de certaines sphères sociales et la peine de mort.

L’internement, s’il peut offrir un refuge « intime » hôdon, serait une solution provisoire, éventuellement répondant à une urgence, pour maintenir hors d’un environnement une personne qui risquerait d’avoir un comportement nocif. En effet, il est parfois urgent de calmer des ardeurs de colère, des agitations maladives, mais, contrairement à ce qui est souvent fait, chaque cellule devrait être obligatoirement individuelle et un individu pourrait choisir d’y rester enfermé et seul s’il se sent menacé en en sortant. Les réclusions n’imposent pas de promiscuité au moins dans l’espace refuge. La deuxième loi de Hôdo reste inaltérable, même pour un dangereux prisonnier. Pendant la période d’internement, il devrait être possible d’avoir des contrats de soins psychosociaux pour une réintégration sereine.

Le bannissement est l’inverse de l’internement en ce sens que le « banni » reste libre, mais n’a plus le droit de faire partie de certains groupes et donc de profiter des avantages de ce groupe. Là, la seconde loi imposerait de ne pas laisser le banni sans-abri. Autrement dit, avant d’expulser d’une communauté un membre qui n’en partagerait pas le modus vivendi, il faudrait pratiquement s’assurer qu’il a un refuge où aller en paix, ne fût-ce que provisoirement.

Selon la première loi de Hôdo, ces deux « punitions » ne devraient jamais être entachées de valeurs « morales ». La première consisterait en une solution de mise en quarantaine, la moins longue possible, mais nécessaire pour éviter une dégradation de situation. Quant à la seconde, il ne s’agirait que d’un divorce. À l’exception de l’urgence dans le premier cas, tous les autres cas devraient être le plus possible contractuel. Et ce contrat devrait toujours avoir une clause de fin.

Il existe une exclusion particulière : la mort. La donner est contraire à la première loi de Hôdo puisqu’elle entraîne la destruction d’une intelligence. Par contre, il est aussi dans la logique du respect de toute forme d’intelligence d’accepter le suicide et l’euthanasie. Lorsque la souffrance morale ou physique sans espoir d’amélioration devient intolérable à l’intelligence qui la subit, c’est aussi respecter l’intelligence que de permettre d’accéder dignement à cette conclusion.

Enfin, il ne faut pas croire que faire souffrir ce qu’autrui a souffert est bon pour augmenter l’empathie. Du moins dans le bon sens couramment accepté. Cet argument peut être exploité par le sadisme et la revanche. Il en est de même pour l’effort de conquête de soi. Si l’effort est incontestablement source de créativité, car il oblige à trouver au moins une solution de contournement, exagéré, il est inhibiteur et destructeur. À l’opposé, le manque d’effort est aussi nocif pour la créativité puisqu’il n’y a plus de stimulation pour dépasser les difficultés et créer de nouvelles solutions.

Tout est question d’équilibre. Le projet Hôdo, précisément parce qu’il met l’intelligence de tout un chacun en avant, mise sur cet équilibre dynamique qui nous fait traverser la vie comme le danseur de corde qui évolue librement au-dessus du vide plutôt que comme le voyageur lourdement chargé sur un pont de singe.

La relation avec les autres États

On peut penser que les divers « clans » qui constituent une population, par associations successives, finissent par engendrer de grands regroupements comme les nations.

Les sociétés sont comme des organes, ce sont des entités vivantes.

Un organisme est toujours enfermé dans une sorte de peau, même si, physiquement parlant, aucun atome n’appartient plus à un assemblage qu’à un autre. La respiration en est un exemple remarquable. De plus, un organisme aussi complexe que notre corps est une association d’organes, de tissus et même d’êtres étrangers dont certains comme ceux de la flore intestinale sont indispensables à notre santé.

Les peuples et les nations pourraient être comme les organes de l’Humanité s’ils ne tentaient de se phagocyter les autres. Pour éviter cela, dans l’esprit hôdon, il faut respecter le principe de non-ingérence dans les affaires des autres nations, même si à nos yeux, dans l’optique de notre intelligence collective, ces autres nations sont dans l’erreur par rapport à nos concepts, car l’obligation de respecter toute intelligence nous impose une certaine humilité. Il faut accepter que ce que nous croyons être une vérité, même partielle, puisse ne pas être vu et vécu pour tout le monde de la même manière. Non seulement ce qui est considéré comme « vérité » pour une nation ne l’est pas nécessairement pour tout le monde en dehors des frontières, mais déjà à l’intérieur de celle-ci, même s’il s’agit d’une société hôdonne. En effet, s’il est donné à dix personnes de lire les trois lois de Hôdo, il est certain qu’il y aura dix interprétations différentes, et pourtant il n’y a que trois lois. Les divergences de la pensée sont une richesse de créativité.

Il ne faut pas oublier que le projet Hôdo vise le dépassement de la démocratie. Cela sera inévitablement ressenti comme un trouble par les défenseurs de toutes les formes de démocratie « normalisée ». Et comme tout le monde prétend être dans « sa » bonne démocratie, une nouvelle de type acratique ou « diluée » risque d’être perçue par les Dominants comme une menace. Il faudrait donc vivre avec.

Le ministère de l’Intelligence

La première chose serait que toute la richesse d’une nation ne soit pas qu’en marchandage de matière première ou de biens élaborés. Elle devrait se mesurer en bien-être d’une population et parmi les moteurs de ce bien être, l’intelligence et son environnement sont primordiaux, plus que les richesses du sous-sol ou des coffres-forts. Les grands capitaines d’industrie le savent déjà depuis longtemps en s’entourant d’intelligences adéquates pour en exploiter les savoir-faire et les connaissances. Ce sont ces dernières qui constituent souvent « la richesse » d’une entreprise. L’enseignement en a pris le côté pervers favorisant de plus en plus l’« expertise opérationnelle » à la créativité, laquelle créativité ne devrait théoriquement pas se limiter à produire de nouveaux objets de consommation, mais aussi de créer de nouvelles relations dans l’intelligence d’une société, un peu comme si chacun d’entre nous était un neurone dans le cerveau d’une nation.

Il semble que l’humain cherche à être dominant, non seulement physiquement, mais aussi intellectuellement. Il cherche toujours à conforter son espace mental autant sinon plus que son territoire. C’est peut-être dû au fait que sa vérité est bien fragile. Or, sans elle, il ne peut assurer, voire justifier son existence. Il en résulte un comportement arrogant, méprisant, parfois teinté de paternalisme, surtout si le « vaincu » s’écrase et développe un complexe de culpabilité. Ce comportement que nous refusons de classifier « méchant » se manifeste entre groupes de toute taille, depuis le petit enfant qui se vante que son papa est le plus grand, jusqu’aux superpuissances qui dictent leur conception politique, ou les ethnies qui déconsidèrent les autres quand elles ne les exploitent pas.

Certes, tout n’est pas « tolérable » pour notre vie et notre intelligence individuelle et collective, mais personne ne détient la vérité absolue. Alors, la seule manière de cohabiter sereinement est de pratiquer une humilité permanente même si on est rigoureux sur les protections des « valeurs » — il vaudrait mieux dire « us et coutumes » — qui constituent notre modus vivendi dans un environnement donné.

Le ministère du Droit à l’abri et à l’évitement

Ce qui unit fondamentalement un peuple, c’est son protocole de communication qui est absolument indispensable pour échanger avec l’autre dans tous les domaines : relations sexuelles, alimentaires, commerciales... Ce protocole inclut aussi toute une série de règles qui indique le statut d’amitié-inimité.

À la base, il y a tout un codage en sons, en graphismes, en gestes et en d’autres techniques pour transmettre des informations : ce sont les langages avec toutes leurs structures adaptées aux médias et aux interlocuteurs. Associés à ce protocole, de manière complètement indissociable, il existe toute une symbolique qui n’a pas de rapport direct avec la réalité expérimentale, mais qui a un poids émotionnel souvent très important : or l’émotion est un moteur de l’intelligence et de la vie. Ce codage d’information est le résultat de générations partageant un même environnement qui impose ses règles biologiques. Les us et les coutumes, puis les contrats, leur contenu et leur formulation, dépendent du milieu où l’on évolue.

Ces usages prennent l’allure de règles souvent explicitées par les sages et imposées par les chefs. L’un et l’autre essayent de tout temps de s’appuyer sur des arguments de poids pour avancer leur propre concept, et surtout qui ne dépende pas de la sagesse humaine, car elle est susceptible d’être contredite. D’où le recours aux dieux, aux sciences... à toute preuve irréfutable.

Parmi ces règles s’instaure une hiérarchie, qui fait que l’on va pouvoir essayer de répondre efficacement aux urgences et en général aux choix multiples. Ainsi naît la notion de « valeurs ».

Cet ensemble de connaissances de groupe constitue le lien qui forme une « nation » et chaque population a son lien qu’il est impossible de décrire en quelques mots puisqu’il s’agit de la contribution de milliers de citoyens génération après génération. Certes, les nations ont été en général formées par des Dominants. Certains étaient conquérants, d’autres des négociants utilisant les territoires comme une marchandise. Tous, par la force, la douceur, voire l’inertie, imposaient leur conception de « peuple ». Qu’importe, dans l’esprit hôdon le respect de toute intelligence s’arrête aux générations contemporaines, sinon, ce n’est pas la « démocratie » qu’il faudrait améliorer, c’est la planète qu’il faudrait redessiner. Par contre, dans le même état d’esprit, il semblerait logique de reconsidérer les requêtes des régions qui refuseraient de continuer à cohabiter sous une même bannière. Il faut un temps où le mariage forcé était admis, aujourd’hui, non seulement il n’est plus toléré, mais le divorce est devenu une procédure normale. Les liens d’amitié n’ont pas toujours besoin de contrat pour être heureux et créatifs. Seul, le partage d’une même ressource peut justifier l’établissement d’un contrat.

Un État hôdon aurait la mission de veiller à la protection de la planète de concert avec tous les homologues : un pourcentage objectivement évalué de sol sera toujours attribué à « Gaïa ». Ce serait sa prime mission. Il devrait aussi s’assurer qu’à l’intérieur de son espace, chacun dispose d’un abri minimum hôdon tout en ne cessant de tenir compte de l’infrastructure environnementale physique et sociale, en résumé : un habitat = refuge + lieu de vie. Pour cela, il pourrait fournir des listes de logements et des terrains vacants disponibles pour devenir des lieux bâtis, car il est commode d’avoir des organismes qui centralisent l’information recueillie. Il ne s’agit pas de filtrer ou de disséminer cette connaissance selon une idéologie quelconque, mais, uniquement, de savoir où la trouver aisément, la mettre à jour et l’exploiter sans se perdre dans les « réputés » labyrinthes de l’administration. En ce sens, les progrès de l’internet peuvent très bien contribuer au partage des ressources en temps réel, qu’il s’agisse de voitures, de logements et plus tard de nombreuses autres choses auxquelles on ne pense pas encore, mais qui commencent déjà à se mettre en place. Évidemment, cela va ébranler voire briser bien des monopoles, et l’internet se verra souvent attaqué. Or ce dernier est de plus en plus un bien mondial au même titre que l’écologie.

L’écologie, n’a pas de frontières et une nation n’est pas isolée, elle partage directement ou indirectement toutes les ressources de la planète. Plutôt que d’envoyer des bombes sur un territoire dont la démocratie ne convient pas, et enrichir les non-démocraties qui conviennent, ne vaudrait-il pas mieux partager les cerveaux des différentes communautés pour construire un monde plus écologique avec sagesse et surtout humilité ?

Le ministère de la Synergie

Toutes les règles de Hôdo applicables à l’intérieur seraient identiques à l’extérieur. À l’extérieur des frontières, l’activité d’un État hôdon serait essentiellement écologique.

Le ministère de l’aide au consensus aurait au niveau des conflits entre territoires un important rôle, comme celui de faire respecter les deux premières lois de Hôdo, à l’intérieur de l’État non seulement par ses membres, mais par les autres « nations ».

Si les Lois de Hôdo sont peu nombreuses, elles sont aussi plus faciles à défendre vis-à-vis de toute autre position :

Le respect de toute intelligence inclut l’intelligence collective, celle d’une nation. Cela impose de rester humble et de ne pas proclamer « moi, et moi seul, j’ai raison ». Le droit à l’abri comprend le droit à l’environnement vital dans lequel baigne l’intelligence collective. Cette dernière, si elle n’est pas « mieux » qu’aucune autre, est néanmoins le creuset dans lequel se développe l’intelligence individuelle de chaque citoyen. Les us et coutumes sont des automatismes de ce qui semble avoir marché jusqu’à maintenant et qui sont censés permettre une plus grande liberté à la réactivité donc à la créativité. À ce titre, l’environnement psychique est un bien, supérieur à l’espace physique délimité par un quelconque découpage géographique. Il semblerait que l’un ne va pas sans l’autre. Aussi, les frontières, gardent-elles un certain sens, mais peut-être faut-il revoir cette notion, non plus avec un sens économique, mais avec un sens culturel et écologique. Peut-être serait-ce l’occasion de marquer un territoire, non en l’enfermant derrière des grilles et des murs au tracé arbitraire, mais en utilisant des éléments paysagers comme des haies là où c’est possible. De toute manière les attaques d’aujourd’hui et du futur se moquent bien des barrières.

Les questions au niveau des rapports entre nations sont d’autant plus complexes dans l’esprit hôdon qu’aucune structure ne serait étatique. Il n’y aurait ni ministère de l’Intérieur ni ministère des Armées et celui du consensus ressemblerait plus à un ministère des relations publiques et des affaires étrangères. Seule serait logiquement acceptable dans l’esprit hôdon la notion de recommandation d’emploi de normes afin de faciliter les relations de tout type aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Il semble aussi logique qu’il y ait au sein d’une « nation » une solidarité spontanée avec toute région membre qui serait en difficulté. Cette solidarité ne serait pas imposée, mais les moyens seraient mis en œuvre pour collaborer avec une région voisine ou appartenant au même groupe. Dans tous les cas de figure, locaux ou internationaux, selon l’esprit hôdon tout devrait se réaliser par contrat mutuellement accepté, sans pression, sans chantage, mais gagnant-gagnant avec une clause de fin de contrat, par délai et rupture.

Le refus de pression et de chantage conduit immanquablement à une grande neutralité et sérénité. D’un point de vue international, à l’instar de l’attitude interne, il serait toujours obligé d’avoir une force d’interposition, mais pas interventionniste, car toute solution forcée conduit toujours à la revanche.

Quant au consensus, il n’est techniquement réalisable que sur des points précis dans un petit groupe. Ce dernier détail explique aussi pourquoi les Dominants ne se concertent qu’entre eux. Il leur serait difficile d’arriver à un consensus en faisant intervenir plus de personnes et a fortiori le peuple. Il en résulte que les guerres se décident dans un petit groupe qui conduira des populations entières au carnage.

Les moyens de communication participent à l’embrigadement même s’ils ne sont pas soumis aux Dominants. En effet, les « suivants », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas de pouvoir exécutif, délèguent celui-ci à leurs champions dont ils vantent les choix. Les médias, même en croyant être de bonne foi, favorisent d’une manière ou d’une autre la diffusion qui induit la population à croire une certaine vérité tronquée, car la vérité proposée par le parti opposé sera plus ou moins involontairement étouffée. Ce comportement aussi n’est pas « méchant » : notre cerveau à la fâcheuse tendance à n’accepter que ce qu’il croit déjà. Pour éviter ces aléas, le système hôdon tente de ramener le pouvoir à la base. Chaque clan de taille efficace aura, c’est incontournable, son dominant, mais celui-ci n’en serait que le porte-parole puisque de toute manière les décisions de son groupe auraient été consensuelles. Il ne pourrait changer la stratégie de son clan sans que ce dernier l’avalise. Le système acratique de Hôdo empêcherait que n’importe quel Dominant n’impose ses desiderata aux populations et dispose de ces derniers comme l’eurent fait les seigneurs et maîtres d’antan, n’hésitant pas à faire couler le sang et les larmes.

Une nouvelle monnaie

l’économie n’est pas une affaire d’État ?

De nombreux argument développé précédemment, écologie, ressource du bénévolat et du service public, solidarité, etc. nous conduisent à inventer une nouvelle forme de rétribution, donc une nouvelle monnaie indépendante des spéculations, une monnaie basée sur un étalon universel. L’énergie semble l’étalon le plus propice, car toute action consomme de l’énergie. Nous-mêmes, nous sommes alimentés par le Soleil et les forces gravitationnelles qui sont des dons de la Nature échappant à la gestion des banques.

Cette monnaie aurait l’avantage de sa « neutralité » politique et commerciale pour tous les échanges dans et hors des frontières. L’un des deux avantages principaux serait de représenter le coût réel de fabrication d’un bien de consommation, ce qui serait une précaution écologique, car plus une élaboration d’un produit serait dispendieuse, moins elle serait achetable et plus vite elle serait écartée par des solutions plus rentables au sens thermodynamique du terme. Visant plus la qualité que la quantité, les modes de travail changeraient peut-être en des systèmes plus « créatifs ».

L’autre avantage important serait celui de la rétribution par défaut de tous les humains sans exception. En effet, ce système permettrait de donner un revenu de base à l’instar de la nature s’il n’y avait pas nos « civilisations » qui s’en chargeaient, au travers des salaires, des bénéfices, des taxations, des impositions, des redistributions, d’aides diverses, toutes, prétendument juste selon les « valeurs » de la société. La grande différence par rapport à Dame Nature serait la notion de solidarité planétaire qui attribuerait le même « don de Gaïa » à un Eskimo qu’à un Touareg.

Le sujet a été développé dans un opuscule « l’Enn ».

La démocratie hôdonne

Des lois pour que faire ?

Le concept hôdon à l’origine était imaginé avec dix lois. La moitié servaient à définir et planter l’esprit hôdon :

Le devoir de respecter toute forme d’intelligence ;

Le droit à un refuge abri-lieu de vie ;

Et tirer au hasard ce qui n’est pas obtenu par consensus.

Or, il pouvait être utile pour des communautés hôdonnes de donner au sujet des trois points précédents des précisions qui seraient des fondamentaux de leur société. Aussi, un maximum de cinq autres lois mineures serait possible (cette limite constituant dans ce cas la quatrième loi fondamentale de Hôdo). Ces lois mineures ne seraient pas figées dans le temps (cette condition est la cinquième loi fondamentale de Hôdo).

Tout le reste, ce qui gère tous les rapports de société, serait contractuel et normatif.

Les normes sont un instrument incontournable pour assurer un protocole pour une synergie efficace et sereine, ou des « recettes » pour mise en œuvre d’un art quelconque, mais elles ne doivent pas être des lois, seulement des recommandations. Ces normes évoluent dans le temps en fonction des progrès. Quant aux contrats, il s’agit d’un engagement à respecter des règles, dont la rédaction, le fond et la forme peuvent être normalisés, et qui ne sont pas en contradiction avec les deux premières lois de Hôdo.

La tâche initiale d’un premier « gouvernement » hôdon serait de redéfinir la charte qui supplanterait toutes les autres lois, dont la constitution. La constitution elle-même serait réduite aux cinq lois fondamentales de la charte de Hôdo. Les cinq autres lois mineures passeraient de statut « législatif » à celui de « normatif ». Le système de gouvernance ne serait plus binaire « législatif » et « exécutif ». Il serait modifié par un autre couple « relationnel » et « réalisateur » afin de transformer la démocratie traditionnelle en une démocratie diluée et acratique.

Dans le système hôdon, nous misons sur l’intelligence de chacun des éléments d’un regroupement. Plus les associations sont imposantes par leur taille, plus il faut éviter d’en arriver à la légende du dinosaure qui se fait grignoter par la queue avant d’avoir compris qu’il était attaqué par des rats tant le cerveau était éloigné de l’extrémité de cet appendice. Toute organisation fonctionnelle devrait prévoir les « arcs réflexes » qui ne demandent pas la permission d’une hiérarchie éloignée pour résoudre un problème qui ne devrait pas dépendre d’un Dominant.

Le relationnel serait constitué d’une « hiérarchie » de modérateurs élus à la base dans leurs résidences, eux-mêmes, élus par quartiers, puis par communes, régions... Vivre avec autrui pour Hôdo, c’est vivre en synergie, non en prédation, même si nous sommes tous capables d’être prédateurs. Comme nous avons tous besoin de périodes de paix pour vivre, il faudra sans cesse négocier cette paix, ce qui n’a de sens que si nous développons le sens de la loyauté du respect d’un contrat apportant une solution gagnant-gagnant ou en cas de désaccord une solution non imposée par un Dominant. Dans cette optique, une certaine « hiérarchie » fonctionnelle est incontournable.

Présidence et autres institutions de l’État

La seule promesse de l’élu hôdon à la présidence serait :

« Moi, président(e), je promets de mettre en place la démocratie hôdonne.

Je désignerai pour cela mon binôme. Ce sera la personne de sexe la plus représentative en nombre de voix parmi les concurrents à l’élection présidentielle, ou à défaut, parmi les députés, car dans l’esprit hôdon la parité homme femme doit être assurée le plus possible à tous les niveaux. Ensuite, les trois ministères hôdons seront de la responsabilité du Sénat qui représentera les lois de Hôdo.

Nous serons les veilleurs de la nation pour y maintenir une synergie saine et sereine afin que chacun se sente membre actif de la société qu’il nous demande de représenter à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous serons le chef d’orchestre de la partition et des musiciens que le peuple nous aura donnés pour diriger l’œuvre qu’il aura choisie et dont il jugera la qualité de l’exécution.

Le Parlement ne sera pas dissout, mais il sera modifié à terme par les parlementaires eux-mêmes en fonction des nouveaux besoins qui seront toujours supervisés par les trois ministères du Sénat. Dorénavant, ce seront eux qui géreront les besoins de la nation en étant directement au contact de leurs électeurs éventuellement en passant par l’intermédiaire des maires, des préfets... Ils ne seront plus des législateurs, mais des maîtres d’ouvrages ayant la responsabilité de satisfaire au mieux aux demandes du peuple.

Une démocratie a un intérêt capital : la représentation des courants antagonistes. Une véritable proportionnalité sera installée dès la prochaine consultation normalement prévue, car dans Hôdo, il n’y a pas de mise à l’écart ni des minorités ni des groupes ou personnalités dérangeantes. Si un consensus est impossible, nous décidons d’appliquer le choix au hasard.

Les députés et sénateurs ne seraient pas contraints de se réunir dans un lieu précis pour débattre. Premièrement, la présence quasi passive à des exposés est psychologiquement peu propice à l’éveil et à la créativité. De plus, les réunions les plus efficaces se font dans de petits groupes de travail. Deuxièmement, les contacts peuvent très souvent se réaliser soit localement soit à distance au moyen de conférences numérisées. Donc, se réuniraient entre eux et à leur convenance uniquement ceux qui sont concernés par un sujet soit parce que la population qu’ils représentent est impactée soit parce que le thème est dans leur domaine de compétences professionnelles, ce qui serait plus efficace pour tous. Il s’ensuit que le cumul de mandat est possible, mais à salaire unique, ce qui est conforme à la notion de revenu systématique pour tous.

Ce dernier ainsi que la notion d’un système monétaire mesurant l’énergie consommée dans toute activité serait proposée comme outil écologique en faveur des deux premières lois de Hôdo.

Tous les secteurs d’activité dépendant antérieurement de l’État seront gérés comme des entités indépendantes et autogérées, soumises à un contrat entre les populations et elle par l’intermédiaire de leurs représentants. Les transitions se feront sans heurts et sans se presser. »


Notes

: L'« l’Enn », un concept de monnaie étalonnée sur l'énergie proposée comme modèle mondial pour une économie plus juste et écologique.
: Le consensus fait partie de la troisième des trois lois fondamentales de Hôdo.
: « Le respect de toute intelligence ainsi que de son support » est la première loi de la Charte de Hôdo, sa pierre angulaire.
: Le « respect du droit à l'intimité et à l'évitement » est la deuxième loi de la Charte de Hôdo, car sans elle la première loi serait irréalisable.
: La Charte de Hôdo, serait proposée comme modèle de charte universelle de l'humanité.
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