Acratie

 

Un article de Livingstone.


L’acratie ou l’absence de dominance 1

Acratique, néologisme, du grec a, alpha privatif= sans et kratos= pouvoir.


L’acratie est peut-être le concept le plus difficile à appréhender dans le projet Hôdo2, pourtant elle lui est si intimement liée que l'on peut parler d'une « anarchie hôdone ».

Dans l’esprit hôdon, la seule manière de progresser durablement et efficacement est de maîtriser l’intelligence. Cela commence par la nécessité de reconnaître notre nature biologique. Or l’une des manifestations les plus courantes et les plus enjolivées est incontestablement la dominance.

Cette approche n’est pas faite pour flatter la majorité, car il est difficile de reconnaître que nos actions sont souvent loin d’être généreuses. Dénoncer la morale comme étant le fruit d’un instinct de domination, ne peut que déplaire, voire faire peur.

Être vraiment libre, c’est pire que lâcher les amarres, pire qu’affronter la falaise les mains nues, pire que sauter en parachute sans ouverture automatique. Pour beaucoup, cela signifierait quitter le zoo pour la jungle. Quelle brave gent avouerait sans frémir que la morale sert en fait plus souvent à se protéger avant tout des autres, ou, plus précisément, de mettre ces autres en cage pour les rendre inoffensifs.

Pour le Hôdon, la recherche du sens de la vie et de l’harmonie ne peut se confondre avec une morale au service de la politique. C’est pour ces motifs que les Hôdons ne pratiquent jamais de propagande : « joignez-vous à nous, car nous avons raison ». Hôdo n’est qu’une éternelle quête où il faut inlassablement prendre garde de ne pas porter d’oeillères. Hôdo ne console point et n’offre aucune vérité encore moins de celles qui se révèlent être conformes à de secrètes espérances. Mais par contre, le Hôdon met un point d’honneur à ne jamais condamner une croyance, une conviction, une religion ou une philosophie tant qu’elle respecte la Charte de Hôdo. L’individu lui-même a besoin de « guide » et souvent face aux mystères de l’existence, échafaudent mythes et légendes, symboles et rituels. L’opium (devrait-on dire « morphine » ?) du peuple est une médecine qu’il ne faut laisser dans les mains d’aucun « dealer » politique !

Tout groupe est scellé par un contrat social. Le contrat est le plus souvent maintenu, arrangé et réarrangé par une oligarchie. Revêtu de « morale », ce contrat devient l’oeil de Caïen qui poursuit jusque dans l’isoloir. Cette « morale » est indispensable pour entretenir la noblesse du « guerrier » ou du « terroriste », et de tout justicier qui protège la cohérence du groupe. Cette « morale » rend supportable la domination de l’homme par l’homme, en créant des élites, castes d’élus, auxquels tout est dû, grâce et pardon ; la charité une ou plusieurs fois l’an permet d’ignorer le reste du temps que le paradis n’est qu’une promesse post mortem accordée à ceux qui ont toujours obéi.

L’acratie n’est pas l’abolition des chefs d’orchestre, des guides et des capitaines. L’acratie, c’est l’absence de dominance ; c’est ramener tous les humains sur le même pied d’égalité quelles que soient les hiérarchies fonctionnelles mises en place pour mener à bien les tâches communes. Le projet Hôdo ne cherche pas à faire tomber des têtes pour les remplacer par d’autres, mais les prisons dans les têtes. Mais, c'est peut-être aussi l'espoir que plus de gens soient écoutés et plus de compétences partagées.


[1]: Il ne faut pas confondre la dominance avec la domination au sens de la maîtrise. Il en est de même pour l'élitisme qu'il ne faut pas confondre avec l'expertise.

[2]: Le terme vient du japonais 報土 et constitue l'un des sutras du Bouddhisme. Il se traduirait par "Terre de rétribution" et serait la voie « laïque » du Zen.

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